La petite histoire des mots
Infection

Georges Pop | Depuis plusieurs semaines, le nombre des infections au Covid-19 est reparti à la hausse, partout dans le monde, la Suisse n’étant pas épargnée. Voilà qui nous amène au mot « infection » qui, dans le langage médical, définit une contamination par un agent pathogène, une bactérie ou un virus, par exemple. Dans le langage courant, ce terme peut aussi évoquer une grande puanteur, autrement dit une de ces odeurs pestilentielles qui provoque la nausée. « Infection » est un dérivé du latin « infectio », lui-même issu du verbe « inficere » qui, initialement, désignait l’action de recouvrir un objet de teinture, avant de prendre le sens de « salir » et de « souiller ». A la fin du Moyen-Âge, les auteurs chrétiens utilisèrent d’ailleurs ce mot pour évoquer les salissures morales de celles et ceux qui avaient commis des péchés, en transgressant volontairement les lois divines. Le mot fut très vite associé aussi aux immondices qui dégageaient des miasmes, ainsi qu’aux maladies qui semblaient « pourrir » les corps, en provoquant des lésions malodorantes. De nos jours, on distingue l’infection de la contagion. L’infection est relative à un foyer : un hôpital trop encombré, par exemple, peut devenir un foyer d’infection, ceux qui y entrent courant le risque d’être « infecté » par le mal qui s’y est propagé. La contagion, quant à elle, est relative à un sujet, un individu, un animal, ou même à un objet susceptible de transmettre une maladie déterminée. L’infection peut être à l’origine d’une contagion. Le mot « contagion » nous vient lui-aussi du latin. Il est issu de « contagio » qui signifie « contact ». Avant de prendre le sens médical que nous lui connaissons désormais, le mot « contagion » fut lui aussi utilisé dans un contexte moral pour désigner une influence pernicieuse. Pour en revenir au verbe « inficere » qui nous a donné « infection », notons qu’il est aussi à l’origine de l’adjectif « infect » qui signifie puant ou dégoûtant, mais qui, dans un contexte moral, peut prendre le sens de « odieux ». Un personnage « infect » est quelqu’un de détestable, d’ignoble, bref, de… « puant » ! A l’ère de l’électronique, par analogie, « infection » a fini par désigner aussi la contamination d’un système informatique par un logiciel malveillant. On attribue le terme de « virus informatique », à la fin des années huitante, au chercheur américain Leonard Adleman qui était spécialisé à la fois en informatique et en biologie moléculaire. Comme pour les virus biologiques – pour lesquels ce sont les individus qui ont le plus de contact avec les autres qui accroissent les risques d’infection – ce sont les systèmes et logiciels les plus répandus qui sont les plus atteints par les virus informatiques. Les meilleurs logiciels antivirus sont censés être capables de détecter les virus, les détruire ou les mettre en quarantaine. Ils sont en quelque sorte l’équivalent des vaccins que l’on administre aux humains pour leur épargner une infection. Mais ces logiciels doivent en permanence être mis à jour pour rester efficaces, tout comme, sans doute, les vaccins destinés aux humains pour les protéger des mutations prévisibles du coronavirus, responsable de l’actuelle pandémie. Il faudra apparemment s’y faire, bon gré mal gré, car comme le souligne l’écrivain italien Paolo Giordano, « Ce qui se produit avec le Covid-19 arrivera de plus en plus souvent. Parce que la contagion n’est qu’un symptôme. L’infection, qui en est la source , réside dans l’écologie ».


