La petite histoire des mots

Budget

Georges Pop | Après celui de Genève, notamment, le canton de Vaud a présenté son budget pour 2022, la semaine dernière. Les comptables de l’Etat tablent sur un déficit de 188 millions de francs pour l’année prochaine. Cependant, le canton se veut rassurant. Il dit être financièrement solide et, pour preuve, propose des baisses fiscales ciblées, ainsi qu’un geste à l’endroit des communes. Le mot « budget » désigne l’état provisionnel des recettes et des dépenses d’un Etat, d’une entreprise, d’une famille ou même d’un simple particulier. Par définition, un budget est un outil prévisionnel qui sert au pilotage de tout acteur économique, aussi modeste soit-il. Dire d’un budget qu’il est « prévisionnel » est donc un pléonasme. Le mot a été emprunté à l’anglais qui, antérieurement, l’avait lui-même subtilisé au vieux français. Au Moyen-Âge, une « bougette » était une petite bourse en cuir qui pendait à la ceinture de son propriétaire. Cette escarcelle contenait la monnaie nécessaire aux dépenses quotidiennes, pendant les voyages, par exemple. A l’époque, le mot « bouge », dérivé du terme celte « bulga », désignait un sac. Après la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, en 1066, les Anglo-Saxons, vaincus et soumis, adoptèrent un grand nombre de mots issus du français, langue qui resta longtemps celle de la classe dirigeante. Ce fut le cas de cette fameuse « bougette » dont l’accent fut transformé en « boudgette » par ses nouveaux locuteurs. Ce mot faisait, lui aussi, référence à un sac contenant de l’argent puis, progressivement, à celui qu’utilisait le chancelier de l’Echiquier, le ministre chargé des finances du royaume. Ce terme fit son retour en France, dès le XVIIIe siècle, pour désigner les seules finances anglaises. Il finit par prendre son sens actuel vers la fin du XIXe siècle. Le mot « bougette », quant à lui, n’a pas complétement disparu de notre langue. Il est encore attesté dans la plupart des dictionnaires français du XIXe et du XXe siècle, ainsi que dans de nombreux textes littéraires, pour désigner une petite bourse. On le trouve d’ailleurs encore, sous sa définition originale, dans la plupart des dictionnaires en ligne qui, cependant, précisent qu’il est tombé en désuétude. Pour tous ceux qui s’inquiètent de l’intrusion de l’anglais dans notre langue, rappelons ici que, sous leur domination, les anglo-normands ont largement marqué la langue anglaise, notamment dans des domaines tels que l’administration, le droit et la culture. Il existe actuellement quelque sept-mille mots français dans la langue anglaise. De plus, la devise de la monarchie britannique « Dieu et mon droit », en français, figure toujours sur les armoiries royales du Royaume-Uni. On la retrouve fréquemment à Londres sur le fronton des vieux bâtiments. Cette phrase aurait été prononcée par Richard Cœur de Lion, monarque du pays entre 1189 et 1199. Lors de la bataille de Gisord, en 1198, contre Philippe Auguste, roi de France, il aurait dit « Dieu et mon droit » pour indiquer qu’il devait sa couronne à Dieu, et non aux hommes. Elevé dans le sud-ouest de la France, le jeune Richard parlait parfaitement le latin et le français. En revanche, il ne comprenait pas un traitre mot d’anglais, la langue de son peuple . Amazing , isn’t it ?