La petite histoire des mots

Dopage

Georges Pop | L’arrivée, la semaine dernière, de la délégation suisse aux Jeux olympiques de Tokyo a coïncidé avec une mauvaise nouvelle : reconnu coupable de dopage, Kariem Hussein, champion d’Europe 2014 du 400m haies, a été suspendu par Swiss Olympic, après un contrôle positif réalisé lors des championnats suisses. L’athlète suisse a accepté la sanction, mais a plaidé la bonne foi et la négligence. Le mot « dopage » a fait son apparition dans la langue française au tout début du XXe siècle pour désigner une pratique déloyale qui consiste à absorber des substances chimiques, ou avoir recours à des stratagèmes médicaux, pour stimuler ses performances physiques. Le terme, en soi, est assez bizarre et il existe plusieurs hypothèses sur son origine. La plus plausible est la suivante : « dopage » serait issu de « dop », un mot qui, il y a deux siècles, en Afrique du sud, était attribué à un breuvage artisanal à base de peau de raisin, d’un goût douteux, mais fortement alcoolisée, que les guerriers zoulous gobelotaient sans modération. Ils entraient ainsi en transes pour dialoguer avec les esprits ou se donner du cœur au ventre avant une bataille. « Dop » aurait progressivement été adopté par les Boers et les colons anglais, installés dans le pays, pour étiqueter toute une gamme de boissons étourdissantes. Après quoi, ce furent les opiomanes qui, à leur tour, en Angleterre, empruntèrent ce mot pour désigner les boulettes d’opium qu’ils faisaient brûler dans leur pipe, pour s’anesthésier béatement. Le mot « dope », de nos jours, est d’ailleurs toujours synonyme de drogue. Sous sa forme anglaise de « doping », le mot finit par entrer dans le vocabulaire des courses hippiques pour définir la pratique de certains entraineurs véreux qui donnaient des substances prohibées à leurs chevaux, pour leur faire gagner des courses. Le mot « doping » passa ensuite du cheval à l’homme et fit une première apparition en français en 1903. La lutte contre le franglais ne datant pas d’hier, un comité français du langage scientifique imposa, en 1958, la francisation de « doping » en « dopage ». C’est d’ailleurs dans les années cinquante que la pratique du dopage commença vraiment à se professionnaliser dans de nombreux sports. Selon certains historiens français du sport, le premier cas moderne avéré de mort, pour cause de dopage, revient à un cycliste anglais du nom d’Arthur Linton, qui a succombé en 1896, après avoir absorbé une mixture stimulante léthale. Les Anglais réfutent cependant cette accusation qu’ils attribuent à la malveillance des « mangeurs de grenouilles ». Il affirment que leur intègre cycliste a succombé, non à une surdose, mais à une banale fièvre typhoïde. Le fait demeure que la pratique du dopage existe depuis des temps immémoriaux. Dans l’antiquité, à Olympie, lors des jeux antiques, les athlètes, venus de toutes les cités grecques, mangeaient de la viande de chèvre pour mieux sauter, de la viande de taureau pour mieux boxer ou lancer. Ils buvaient aussi des potions prohibées, voire de l’alcool, pour se donner des forces. Un juge était chargé de renifler l’haleine des athlètes pour confondre les tricheurs. A l’époque, la lutte antidopage se faisait… au pif !