La petite histoire des mots

Avion

Georges Pop | La décision du Conseil fédéral d’acquérir 36 avions de combat de type F-35A, du fabricant américain Lockheed Martin, n’a manifestement pas fini de faire parler d’elle. Le Parlement doit encore se prononcer. De plus, devant les critiques soulevées par ce choix, à gauche notamment, il est probable que le peuple souverain soit, lui aussi, appelé à se prononcer sur cette acquisition. Le mot « avion » désigne tout aéronef doté d’un moteur qui vole grâce à des ailes, qu’il soit civil ou militaire, de grande ou de petite taille, à hélices ou à réaction. Ce terme est devenu tellement banal, que personne, ou presque, ne remarque encore qu’il appartient à la même famille lexicale que les mots « aviaire », « avicole » et « aviculture » qui sont associés, dans nos campagnes, à l’élevage des poules, des oies et des canards. Et pour cause ! Le mot « avion » a été inventé par Clément Adler, un pionnier français de l’aviation. Entre 1890 et 1897, cet ingénieur passionné par les plus lourds que l’air fabriqua trois machines dotés d’ailes de chauve-souris et d’hélices sommaires à l’apparence de plumes qu’il baptisa respectivement « L’Eole – Avion I », « Le Zéphyr – Avion II » et « Aquilon – Avion III ». Il a sans doute imaginé le mot « avion », en s’inspirant du terme « aviation » inventé en 1863 par l’officier de marine et journaliste Gabriel de La Landelle, sur le modèle de « navigation », à partir du mot « avis » qui veut dire « oiseau » en latin. Les coucous d’Adler ont-ils volé ? La question n’est pas tranchée ! Lui a prétendu que l’une de ses trois machines avait bel et bien volé sur 300 mètres mais, faute de témoins, personne ne l’a cru. Il est cependant certain que ses « oiseaux » ont fait au moins plusieurs bonds, à la manière d’une poule qui, contrairement aux idées reçues, peut effectivement voler sur quelques mètres, au ras du sol, en battant furieusement des ailes. Reste qu’à défaut d’être entré dans l’histoire pour le premier vol authentifié d’un plus lourd que l’air – honneur officiellement concédé en 1903 aux frères américains Orville et Wilbur Wright – Clément Adler est unanimement reconnu aujourd’hui comme le père du mot « avion », peu employé jusqu’au début du XXe siècle. On lui préférait alors le terme « aéroplane ». Mais au cours des années 1910, et pendant toute la Première Guerre mondiale, « avion » devint de plus en plus populaire et finit par supplanter « aéroplane » qui, depuis, est tombé en désuétude. De nos jours, certains prétendent, avec sérieux, que le mot « avion » est en réalité un acronyme de la formule « Appareil Volant Imitant un Oiseau Naturel ». Cette explication est totalement bidon. Elle est apparue pour la première fois sur les réseaux sociaux en 2012. Clément Adler est mort à 84 ans, en 1925, à Toulouse. Dans les manuels d’histoire, on lui accorde une place d’honneur parmi toutes celles et ceux qui ont contribué à l’essor de l’aviation. De ses trois machines, seul existe encore son Avion III. Il peut être admiré à Paris, au Musée des arts et métiers. Il est suspendu, toutes ailes déployées, au-dessus du grand escalier du musée où est également exposé le moteur à vapeur de l’appareil. L’humoriste Marc Escayrol a dit un jour : « Il est choquant que la France n’ait jamais rendu hommage à Clément Adler en lui dédiant le nom d’un aérodrome. Pourtant ça sonnerait bien aérodrome Adler ! »