La petite histoire des mots

Féminicide

Georges Pop | La semaine dernière, la Confédération et les cantons ont signé une feuille de route pour lutter contre les violences domestiques. Il est notamment prévu d’introduire un numéro de téléphone centralisé pour les femmes victimes de ce type de brutalités, parfois mortelles. On parle alors de « féminicide ». Le mot « féminicide » a été calqué à partir du terme « homicide » avec la racine latine « femina » qui désigne une femme ou une femelle, avec le préfixe « -cide », issu du verbe latin « cædo » qui veut dire frapper, tuer, voire massacrer. Dans la langue française, ce mot est entré dans le langage usuel à partir des années 1980, pour qualifier le meurtre d’une ou plusieurs femmes, en raison, précisément, de leur condition féminine. Mais il fut d’abord popularisé en anglais, surtout aux Etats-Unis, par l’écrivaine, sociologue et militante des droits humains sud-africaine Diana Russell, auteure de nombreux livres ou articles sur le viol conjugal, l’inceste, les meurtres misogynes et la pornographie. Elle l’utilisa dès 1976 pour parler du meurtre machiste des femmes en Amérique latine. Mais c’est surtout son livre intitulé « Feminicide : the politics of woman killing » (Féminicide : la politique du meurtre de femmes), co-écrit en 1992 avec la Britannique Jill Radford, qui systématisa son usage, notamment dans les médias, et les associations féministes. Il faut cependant remarquer que ce mot existe, en français, depuis le milieu du XIXe siècle sous la forme d’un adjectif. Il apparait, par exemple, en1863, dans un article consacré au corset imposé aux femmes de la bonne société, dans l’hebdomadaire « Le Monde illustré ». En 1902, la journaliste, écrivaine et militante féministe Hubertine Auclert, dans l’un de ses ouvrages, évoque une « loi féminicide » contre laquelle elle s’insurge. Bien que très peu usité, un autre mot existe pour qualifier le meurtre d’une femme par son époux ou son compagnon : l’« uxoricide ». Ce terme est défendu par certains puristes qui le jugent plus pertinent que féminicide. L’ « uxoricide », du latin « uxor », qui veut dire épouse, désigne uniquement l’homicide d’une femme par son époux ou compagnon. Selon la définition admise par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le féminicide (ou fémicide) est généralement commis par des hommes, le plus souvent par des partenaires ou des ex-partenaires, dans des situations de violences conjugales, dans lesquelles les femmes ont moins de pouvoir, et souvent moins de ressources que leur partenaire. Le terme prête toutefois encore, parfois, à polémique. Le maître du barreau français Eric Dupond-Moretti le réfute en ces termes : « Le féminicide serait un nouveau crime ? Alors si c’est une femme qui tue un homme, c’est quoi ? Un ‘andricide’ » ! Une polémique qui a quelque chose d’obscène (osons le mot !), lorsque l’on sait qu’en Suisse, environ vingt-mille actes de violence envers les femmes sont signalés chaque année, et que, toutes les deux semaines, une femme succombe sous les coups de la brute qui est ou fut son compagnon…