La petite histoire des mots

Sac

Georges Pop | Le mot « sac » désigne habituellement un contenant ou une poche en toile, en cuir ou en étoffe, ouverte par le haut et cousue par le bas et par les côtés. Le terme nous vient du latin « saccus » qui désigne tout simplement une bourse ou une besace. Il a été emprunté au grec ancien « sákkos » qui voulait dire « sac en toile ». Mais lorsque « sac » s’applique à une ville ou à un édifice, le mot relate un épisode de pillage, voire de massacre. Le premier « sac de Rome », par exemple, eut lieu en 390 av. J.-C. Lors de cet épisode brutal, des Gaulois, conduits par leur chef Brennus, dévastèrent la ville, puis exigèrent des Romains vaincus le paiement d’une lourde rançon. Il y eut plusieurs autres « sacs » de la ville qui n’en restera pas moins « éternelle ». La semaine dernière, le monde sidéré a assisté au « sac du Capitole », à Washington, siège du Congrès et symbole de la démocratie américaine. Les partisans déchainés du président sortant, Donald Trump, inspirateur, sinon initiateur de cet assaut, ont partiellement « saccagé » le vénérable édifice et « mis à sac » les bureaux de plusieurs parlementaires. Le verbe « saccager » et l’expression « mettre à sac » sont apparentés au mot « sac ». Ils nous viendraient du moyen allemand, parlé vers les XIIIe et XIVe siècles. Se saisissant du « saccus » latin, les germanophones de ce temps inventèrent le mot « sakman », autrement dit « l’homme au sac », pour désigner un brigand ou un pillard, qui met et emporte son butin dans un sac. Le terme fut rapidement récupéré par l’italien pour devenir « saccomanno », avec la même signification. Son abréviation « sacco » (saccage) donna, toujours en italien, l’expression « mettere a saco » (mettre à sac), ainsi que le verbe « saccheggiare » (saccager) ; termes et expression très vite adoptés par le français. Voilà comment un innocent petit cabas en toile a fini par devenir synonyme de pillage, de dévastation et de mort. Cela dit, il est surprenant de voir, dans notre langue, le nombre d’expressions qui sont associés à ce petit mot de trois lettres. Quelques exemples ? « Un sac à vin » est un ivrogne; « un sac à puce », un chien famélique; « un sac percé » désigne quelqu’un de très gaspilleur, autrement dit un panier-percé ; « un sac de nœud » se dit d’une affaire ou d’un problème très compliqué ; « un sac à malice » définit une personne rusée, voire roublarde ; « prendre une personne la main dans le sac » signifie la surprendre en train de commettre un forfait ; « avoir plus d’un tour dans son sac » veut dire être habile, malin et rusé ; « vider son sac » signifie dire, sans détour, ce qu’on pense et ce qu’on a sur le cœur ; « l’affaire est dans le sac » annonce un succès acquis, etc. Quant à l’expression romande « quel sac », elle s’adresse à une personne jugée stupide. En guise de conclusion, on notera encore que le sac à main, à l’origine, était porté par les esclaves. Dans la Grèce et la Rome antique, ils y rassemblaient les affaires de leurs maîtres dans des contenants souvent conçus en poil de chèvre. De nos jours, le sac à main est devenu un accessoire de mode incontournable pour la plupart des femmes. En période de soldes, il n’est pas rare de voir les rayons de certaines marques pris d’assaut et littéralement… mis à sac !