La chronique du petit entrepreneur
Ça sert à quoi de lire le journal local?

Lucien Meylan | M’a demandé une jeune fille dans les transports publics. Elle semblait surprise de me voir tourner les pages de cet immense canard avec autant d’enthousiasme. En réalité, j’étais excité comme une puce à l’idée de découvrir les « actu » de la semaine dans la région. Un peu comme si mon iPhone ne me procurait plus la dose de dopamine suffisante à ma consommation citoyenne. Parce que sur les réseaux sociaux ces temps, la seule chose vaudoise qu’on voit passer toutes les semaines, c’est la carrière de Valérie Dittli.
Aujourd’hui, nous vivons dans une explosion d’informations quotidiennes dont le 99 % ne nous concernent pas. Les progressistes me diront qu’elles nous concernent toutes et tous. Je ne suis pas d’accord. Car il y a une large différence entre éveiller les consciences et nous priver de ce qui est vraiment important et essentiel. Désormais, les algorithmes canalisent nos pensées, cannibalisent notre manière de penser, réduisent drastiquement nos perspectives. Ils nous montrent ce que nous aimons et en même temps, ils valorisent nos peurs et nos anxiétés. Maintenant, l’intelligence artificielle sublime nos défauts et flirte avec nos complexes. Plus rien ne sera jamais comme avant. « Le monde a changé » disait Galadriel dans le Seigneur des Anneaux.
Néanmoins, il reste une faille dans la mondialisation, dans l’euphorie digitale, dans l’actualité contrôlée : le journal local. Vous savez, ce papier qui nous a longtemps paru comme une antiquité. Un visage fatigué par l’impression, une photo de groupe aussi horizontale qu’une piste bleue, une carte de visite en guise de publicité. Un·e designer vous dirait que rien ne va dans ce fouillis et pourtant, tout est juste. Tout est vrai et c’est bien là, la seule importance. Sur notre téléphone, nous sommes dynamités au slogan, à l’accroche, au message promotionnel. Alors que dans notre journal local, Mireille qui a fêté ses 90 ans avec ses proches, elle ne veut de mal à personne, elle. Je l’avoue, je ne suis pas toujours intéressé par tous les sujets du terroir. Mais je m’effraie à regarder les mises à l’enquête, la tête des municipaux, les résumés footballistiques dans lesquels je ne suis jamais cité, à juste titre.
Mais désormais, notre journal local se remet en question. Il engage des jeunes rédacteurs et rédactrices qui écrivent sur d’autres jeunes car si on veut que les jeunes lisent le journal local, il faut arrêter de parler que des « vieux ». Et puis les vieux, ils aiment aussi savoir que leur région est animée, vivante et que cette nouvelle génération, sur laquelle on casse parfois du sucre, et bien elle se bouge, elle entreprend et elle est aussi tellement fière d’être dans « son » journal local. En 2024, certains éditeurs du canton de Vaud se sont même réunis, avec le soutien de l’Etat de Vaud, autour d’une même bannière – Chek. Un nouveau média qui partage l’actualité des jeunes vaudois, sous la forme de courtes capsules vidéos publiées sur ces mêmes réseaux sociaux. Car aussi talentueux et passionnants soient-ils, nos cadets passent en moyenne trois heures par jour sur ces plateformes. Quand je vous disais qu’il y avait une faille à exploiter. Et ça marche ! En quelques mois, des milliers de « followers », des centaines de milliers de vues. Les jeunes ont enfin un média qui leur ressemble et qui les rassemble. Accessible, local, sans fake news. Allez jeter un œil sur Instagram ou TikTok, ça vaut la peine : @chek.media.
Parce que oui, la redynamisation de l’image de notre journal local passe par des idées, des essais et une sincère volonté d’évoluer avec son temps. Je le concède, parfois, nous sommes loin du « vrai » journalisme. Le journalisme de fond, qui décortique, analyse et restitue. Cependant, selon moi, nous n’en avons pas toujours besoin car la priorité est parfois au lien de confiance et de proximité qu’on crée avec son lectorat. Et si l’information était comme la gastronomie – consommer local le plus possible et de temps en temps découvrir autre chose parce qu’on s’y intéresse particulièrement.