La chronique du petit entrepreneur
Est-ce qu’on aime encore les Etats-Unis ?

Lucien Meylan | M̕a demandé ma compagne en rangeant son téléphone. La communication de la Maison Blanche sur les réseaux sociaux prend des allures de films hollywoodiens : le président Trump y est mis en scène, tel un gladiateur ou une rock star, sur un fond musical à faire frémir Matt Damon. Le pays le plus puissant de la planète, sur beaucoup d’aspects, part un peu « en couilles » comme on dit après cinq IPA. Je ne suis ni politologue, ni sociologue mais les choix du gouvernement me font peur, pour plein de raisons. Guerre, économie, relations internationales. Les Etats-Unis, c’est ce cousin brillant qui a fait un master HEC et qui tout à coup pète un plomb à table le lundi de Pâques en disant qu’il y a trop d’étrangers, que les hommes sont quand même bien plus aptes au travail que les femmes et qu’il a mis une gifle à son collègue parce qu’il n’a pas aimé son e-mail et qu’il a traité son voisin (et ami) de fils de pute parce que ce dernier parque sa voiture sur sa place depuis dix ans.
Il n’y a plus de gestion émotionnelle, plus de dialogue, plus de bon sens. Ce cousin, autrefois généreux, bienveillant et toujours partant pour un weekend à Londres, est devenu une sorte de personnage égocentrique, qui se pointe aux repas de famille car ça fait plaisir aux gamins, mais qui adore rappeler qu’il gagne le plus gros salaire, qu’il possède la plus grosse maison, qu’il détient la plus grosse bagnole et qu’il porte la montre la plus chère. Sans vraiment de raison, sans qu’on l’ait vraiment provoqué ou invité à étaler sa surpuissance économique, mais qui prend quand même la parole en se levant. Il parle fort, beaucoup trop fort, et lorsqu’on le lui fait remarquer, il rétorque qu’il n’a pas besoin de nous, qu’il a besoin de personne, et que les gamins ne viendront plus pour les vacances, parce qu’il va leur dire que nous sommes tous des cons de toute manière.
« Mais qu’est-ce qui lui prend ? » demandera grand-maman, affreusement inquiète. Rien. On s’y attendait à ce virage, à ce changement drastique de direction. Nous en sommes spectateurs, impuissants. Et la question qui se pose : est-ce que nos enfants à nous iront encore le samedi chez leur oncle pour voir leurs cousins ? Si je vous fais cette métaphore, c’est parce que, comme dans tout conflit relationnel, il y en a toujours qui n’ont rien fait et qui subisse. Dans notre histoire de cousins, c’est les enfants, et dans le cas des Etats-Unis, c’est presque la moitié de la population. Celle qui a voté contre Trump, par peur et désespoir, peu convaincue par l’alternative démocratique, mais persuadée du danger. Et toutes celles et ceux qui sont restés dans l’ombre, comme lors de nombreuses votations. Par dépit ou désespoir. Car l’abandon prend de nombreux visages au moment de passer devant l’urne.
Pourtant, qu’est-ce qu’on aime les Etats-Unis. Oui. Qu’est-ce qu’on kiffe s’y balader et qu’une idée entrepreneuriale soit accueillie comme une véritable révolution industrielle. Parce que s’il y a bien une caractéristique qui qualifie les Etats-Unis, c’est l’enthousiasme. Et qu’est-ce que ça fait du bien de nos jours l’enthousiasme. On aime leur passion pour la compétition, même absurde, leur ferveur pour l’adrénaline, leur courage pour l’expression orale. On les admire pour leurs talents cinématographiques, musicaux et scéniques. Ils resteront à jamais les plus grands génies du divertissement. Ils ont amené tant de coutumes cool, du burger au beer-pong, en passant par cette mode des « rooftop ». Leur bière est souvent dégueulasse mais qu’est-ce qu’elle est bonne devant un sport dont on ne comprend pas les règles, dans un pub bondé de casquettes multicolores.
Et puis ces paysages, ces océans, ces canyons, cette liberté, cette énergie permanente. Comme dirait mon père « En tous cas, Las Vegas en mars, ça change de Moudon ».


