La chronique du petit entrepreneur
Tu votes pour qui ?

Lucien Meylan | M’a demandé mon collègue l’autre jour, à la pause de midi. Honnêtement, j’aurais préféré qu’il me demande de lui expliquer le conflit israélo-palestinien plutôt que de répondre à cette question. Ce n’est pas que je ne m’intéresse pas à la politique vaudoise, mais sincèrement, je n’y comprends rien. Tous ces visages au bord des routes me laissent perplexes et leurs partis, encore plus. La gauche, la droite, ça veut dire quoi ? Parce que finalement, est-ce qu’on ne veut pas toutes et tous la même chose ? Des hôpitaux qui fonctionnent, des routes bétonnées, des trains à l’heure, des loyers pas trop chers, des enseignant·es passionnés pour nos écoles, des clubs de sport accessibles, des vitrines achalandées, des restaurants ouverts et quelques sous de côté pour partir en vacances deux-trois fois par année ? Un bon discours de gauchiste, ça… Et pourtant.
On adore me rappeler que lorsqu’on crée une entreprise, qu’on engage du monde et qu’on parle de faire du bénéfice, on est de droite. Donc l’ambition serait de droite. Très bien. Mais si on réinvestit tout ce qu’on gagne, qu’on paie correctement ses équipes et qu’on dort mal quand les chiffres baissent, on est quoi ? De droite sensible ? De gauche rentable ? La gauche défend les travailleurs, paraît-il. Mais les travailleurs, c’est qui ? Moi je suis employé de mon entreprise, je travaille, non ? « Non Lucien, toi tu es entrepreneur. » Ah. Pourtant mes collaborateurs·rices gagnent parfois plus que moi et passent avant tout le reste dans mes priorités. Ça me classe où sur l’échiquier ?
Mes copains de droite me parlent de moins d’impôts, moins de règles, plus de liberté. J’aime bien la liberté. Surtout celle d’organiser un événement avec du Chasselas frais et une sono qui fonctionne, contrairement à la cérémonie de restitution de mon matériel militaire. Et l’écologie alors ? C’est de gauche. Mais si tu bosses dans le social et que tu jettes ton alu dans la mauvaise poubelle, tu bascules à droite ? Si tu prends le LEB la semaine et le SUV le week-end pour amener les enfants au foot à deux kilomètres, tu es quoi ? Centriste hybride ?
La classe moyenne, c’est qui au juste ? Celles et ceux qui paient Fr. 10’000.- d’impôts et terminent le mois en serrant les dents ? Ou celles et ceux qui touchent une aide parce que, justement, ils n’y arrivent plus ? Être coincé·e dans les bouchons le matin, c’est de droite ? Prendre le bus, c’est de gauche ? On finit par choisir son camp selon son abonnement CFC. Après tout ça, je me demande si je dois voter pour un parti ou pour une idée. Parce que la peur, elle, vote toujours très bien. Peur de perdre, peur de payer, peur d’être remplacé·e, peur d’être oublié·e. Sur les réseaux sociaux, les vérités crient plus fort que les faits. L’indignation va plus vite que la nuance.
Alors oui, on peut débattre des redevances, des budgets, des priorités. Mais préserver une information produite par des professionnel·les, dans notre pays, c’est protéger notre jeunesse, notre avenir et notre liberté de penser. Même si tout ne nous plaît pas. L’ouverture d’esprit n’a jamais tué personne. L’ignorance, un peu plus. Si nous voulons renflouer les caisses, augmentons le prix des vins étrangers, taxons les gens qui ne trient pas le papier et foutons des amendes à celles et ceux qui ne font pas de signe de la main lorsqu’on les laisse traverser au passage piéto… Ça, ce sont de vraies décisions – votez Meylan !
lucien@spurring.ch


