La chronique du petit entrepreneur
Alors, c’est pour quand ?

Lucien Meylan | Nous demandent toutes les personnes que nous croisons depuis le début de l’année. Je vais être papa et ça se voit. Pas chez moi. Enfin, si un peu. J’ai pris quelques kilos mais j’ai surtout un sourire implacable en permanence sur mon visage. Non, celle qui a du ventre, c’est ma compagne, Nadia. Mais il aura fallu attendre 8 mois pour que les gens distinguent enfin toutes et tous qu’elle était enceinte. Un peu comme si sa silhouette de vedette italienne n’était pas touchée par les attaques d’un petit extraterrestre dans son estomac.
C’est drôle car tout le monde lui demande comment elle va. Et elle va bien. Inchallah. Le bébé a la tête en bas et d’après la gynécologue, à quatre semaines du terme, c’est bien. Il a peu de chance de se retourner. Un vrai attaquant de cinquième ligue. Moi je vais bien, si jamais. Oui, je vous le dis, même si personne ne le demande. Le futur papa est toujours censé aller bien puisque de toute façon, ce n’est pas lui qui enfante. Mais, mais, parfois, une bonne thérapie de bières à Lombok (vous irez regarder où c’est), ça me changerait les idées. Au-delà de vivre avec un mini-volcan, dont les crachées de lave imprévisibles n’ont pas encore atteint ma nouvelle Playstation5, je dirais que je suis victime d’un nouveau marketing : la naissance.
Il y a des tarés – certainement aux Etats-Unis, parce que ces temps, c’est plutôt là-bas qu’ils sont – qui se sont dit : « On va vendre tout et n’importe quoi à ces futurs parents. Mais tout Michael ! Je dis bien, TOUT ». Honnêtement, à ce stade, si la grossesse durait encore deux mois, j’achèterais une sorte de petit train à biberons ou un dixième siège bébé quand il ne peut pas bouger la tête, mais presque, mais pas tout à fait encore… Nos familles nous offrent des habits de bébé de huit mois en nous informant : « Tu verras, il grandit vite ». Du coup, on se retrouve avec des habits dont la taille n’est jamais la bonne et je m’attends à ce que les vêtements qu’on a acquis pour la naissance ne fonctionnent plus après quoi… une heure. J’exagère mais les habits où c’est écrit « 0-1m ». Quoi ? On rentre de la maternité, il bouffe deux fois et il ne rentre plus dedans, c’est sûr. Ça me rappelle il y a 15 ans lorsqu’on allait à Barcelone faire la fête avec mes potes et qu’on achetait un t-shirt blanc pour un seul soir car il finissait avec des taches de Trojka rouge.
Et puis la future paternité, ça nous confronte à tous les traumatismes des autres. Le manque de sommeil, le manque de sport, le manque de sorties, le manque de tout. Et puis parlons aussi du boulot. « Tu vas réduire ton temps de travail ? » – aujourd’hui, on te juge aux décisions que tu n’as pas encore prises mais en l’occurrence, oui, je vais réduire mon temps de travail. Je ne critique pas les hommes qui ne l’ont pas fait. De mon point de vue, les soirées et le week-end, ça ne suffit pas pour voir son enfant grandir et surtout, lui faire découvrir le vaste univers du Pays de Vaud. Ben oui, il faut qu’il aille au lac de Joux avec grand-papa, il a besoin de se faire papouiller (et traumatiser) par ses cousins et surtout, il est prévu de passer une chiée de temps à taper dans un ballon. Oui, c’est un garçon mais j’aurais fait la même chose avec une fille. Le foot, c’est un moyen d’intégration. Comme tous les sports d’ailleurs. Mais si tu es fort·e au foot, tu te débrouilles dans tous les sports. C’est ma théorie et papa a (déjà) toujours raison.
On me demande aussi si j’appréhende. Alors non. J’appréhende la Coupe du monde de la Nati mais pas de devenir papa. Actuellement, nous sommes en plein projet de naissance. Pour les novices, il s’agit d’écrire tes souhaits pour l’accouchement : voie basse, péridurale, lumière, musique, etc. Et le papa est censé être le garant de ces volontés, dans la mesure du possible et du médical, lorsque la maman est sur Pluton. Heuuuh, mais je me réjouis tellement qu’il arrive ce petit ange. Je me réjouis de le tenir dans mes bras. Il va arriver comme il peut, par où il peut et tout va bien se passer. « Lucien, tout va bien se passer ».


