La chronique de Denis Pittet
Savigny refuse une zone 30 km/h

Il y a une nouvelle qui est largement passée inaperçue, me semble-t-il. Pourtant c’est une bombe à l’échelle suisse, un truc inimaginable par les temps qui courent. Une commune de la couronne lausannoise a… refusé une zone 30 km/h ! Cela paraît impossible à croire tant c’est inhabituel. Cette commune hors norme se nomme Savigny et la décision date du 22 juin dernier, lorsque le Conseil communal a refusé à la Municipalité un crédit supplémentaire de 151’140 francs (quand même) pour établir cette zone à la route de la Roche. Il faut dire que la commission chargée de l’étude du préavis avait dit « non » ainsi que la commission des finances. Ça fait beaucoup contre un projet et malgré un rapport de minorité resté sans effet.
Un peu d’histoire. Les premières zones 30 datent de 1989 en Suisse. Les critères étaient « stricts ». Je me souviens parfaitement bien qu’à l’époque, on découvrait parfois avec étonnement ces zones encore totalement discrètes et surtout distribuées sur les plus petites rues possibles. Après un premier assouplissement en 2001, les zones se sont multipliées et – osons le mot – systématisées par effet d’imitation. « Tiens tu as pu mettre une zone 30 ici, alors je vais en mettre une dans ma commune » a dû être un dialogue souvent répété entre municipaux, mais pas que, car chacun a fini par estimer qu’il avait droit à sa zone. Puis un nouvel assouplissement légal est apparu en 2023 et depuis, c’est une orgie de zones 30 km/h dont on se demande encore si certaines reposent réellement sur une nécessité. L’homme étant un génie créateur, il a ajouté aux zones les gendarmes couchés, les potelets, les rétrécissements, j’en passe et des meilleurs. A cela s’ajoutent les 30 km/h de nuit et les zones 20 km/h. Après cette description pleine d’entrain, on peut donc se demander comment et pourquoi Savigny a refusé ce qui paraît comme une mode et une évidence partout ailleurs ? (Il existe quelques exceptions malgré tout).
On notera que pour se rattraper de cette méchante décision, le Conseil a immédiatement adopté dans la foulée et pour sa bonne conscience un amendement demandant à la Municipalité de trouver d’autres moyens pour sécuriser cette route des Roches sans user de limitation de vitesse. On notera aussi que visiblement cela ne plaît pas à tout le monde qu’un conseiller puisse siéger en même temps à la commission d’urbanisme et à la commission des finances. En gros tu ne dois pas être juge et partie. La Muni devra répondre à cela.
Cette affaire de la route des Roches date déjà de plusieurs années. A lire les documents et rapports liés au sujet, on ne sent pas une urgence déterminante. Un jeune père et son gosse rencontrés sur place n’en faisaient pas une affaire d’Etat. 162 ménages sur 292 ont répondu à un sondage sur la question en 2024. 62 % ont demandé des aménagements « modérateurs mais pas plus que nécessaire ». Une étude, dont on ignore le coût, a aussi été menée en 2025. Bref. Pas d’urgence et hâte-toi lentement résonnent un peu en guise d’explication.
Une petite réflexion finale : les places de parc dans la zone du Forum sont désormais réglementées ; le radar c’est tous les jours ou presque ; les 60 km/h s’allongent comme par miracle. Les demandes de zones 30 reviendront tôt ou tard. Savigny perd insidieusement son statut de village. C’est désormais un village urbain qui oublie peu à peu de son âme.



