Exposition – Les photographies d’Ella Maillart
A Lausanne, Musée de l’Elysée, jusqu’au 1er novembre

Ella Maillart (1903-1997), née à Genève et morte à Chandolin, a eu une vie longue et très riche. Dès son jeune âge, elle s’adonne au sport. Elle pratique la voile sur le Léman en compétition, traverse plusieurs fois la Méditerranée. Elle fait partie de l’équipe suisse de ski. Féministe, elle crée le premier club féminin de hockey sur terre ! Mais assez vite, elle se découvre une passion d’aventurière et d’exploratrice. Elle fait son premier grand voyage en URSS en 1930 et y réalise de nombreuses photographies, comme lors de tous ses périples ultérieurs., accumulant des milliers de clichés (20’000 négatifs et 10’000 positifs), qu’elle utilisera notamment pour ses conférences. Elle gagne d’abord Moscou, avec une certaine sympathie pour la Révolution bolchevique, comme en témoigne le titre de son premier livre, Parmi la jeunesse russe. Mais une sympathie critique qui ne voile pas les tares du régime : elle montre par exemple une file d’attente devant une épicerie. Plutôt qu’aux bâtiments, elle s’attache aux portraits d’hommes et surtout de femmes, sans voyeurisme et avec empathie.
Puis, elle gagne l’Asie soviétique encore insoumise, ce qui est courageux de la part d’une femme voyageant seule, et surtout l’Ouzbékistan, où règne une guérilla. Elle assiste même à un procès où 29 rebelles « basmatchis » seront condamnés à mort. Ses photos sont esthétiquement remarquables. Elle montre tout un monde en pleine transformation, où les chameaux côtoient des tracteurs, où les mosquées et medersas sont remplacées par les nouveaux instituts pédagogiques soviétiques, dans le but d’alphabétiser la population. Elle illustre les édifices de la sublime architecture traditionnelle ouzbek. Elle ne néglige pas les paysages de l’Asie centrale, avec leurs sommets enneigés, mais s’attache surtout à montrer les gens, particulièrement les femmes, au travail artisanal et revêtues de leurs costumes traditionnels. Elle s’intéresse particulièrement aux nomades, dont le pouvoir soviétique vise à éradiquer le mode de vie pour les sédentariser, mais avec de fortes résistances.
Puis en 1935, elle accomplit un long voyage de Pékin à Srinagar en Inde. Elle rapporte ses souvenirs de voyage dans un autre livre, Oasis interdites. La Corée et la Mandchourie chinoise sont d’ailleurs déjà occupées par les Japonais, occupés à leur politique de conquêtes. Elle en ramène aussi des milliers de photos (classées au patrimoine mondial de l’Unesco). A nouveau, on admirera ses cadrages, son art du noir-blanc, l’humanité de sa vision. En même temps, toutes ses photographies montrent un monde en mutation, entre tradition et modernité. Elle a aussi tourné quelques films documentaires sur les régions parcoures. En 1939-1940, elle entreprend un nouveau voyage en Afghanistan et en Inde, avec la jeune écrivaine Annemarie Schwarzenbach, grande figure de l’antifascisme, mais ce sera un échec partiel, car elle ne réussira pas à arracher sa compagne à l’enfer de la drogue. Ella Maillart a aussi été très marquée par les philosophies et la sagesse orientales, qu’elle a contribué à diffuser par ses conférences. En 1948, elle s’installe définitivement dans le village montagnard de Chandolin, en Valais.
L’exposition vaut donc d’être visitée pour les qualités esthétiques des photographies, mais surtout pour leur valeur documentaire sur un monde en plein changement. Enfin, elle nous présente une personnalité de femme libre particulièrement attachante.

© Succession Ella Maillart et Photo Elysée, Lausanne

© Succession Ella Maillart et Photo Elysée, Lausanne

© Succession Ella Maillart et Photo Elysée, Lausanne

© Succession Ella Maillart et Photo Elysée, Lausanne

© Succession Ella Maillart et Photo Elysée, Lausanne

© Succession Ella Maillart et Photo Elysée, Lausanne
« Ella Maillart.
Récits photographiques »,
Photo Elysée, Lausanne,
jusqu’au 1er novembre.
Vu la proximité entre les deux musées, on peut fort bien visiter le même jour le MCBA et l’exposition Nkanga (moyennant une petite pause-café…) Mais attention! Le MCBA est fermé le LUNDI et Photo Elysée le MARDI.



