La chronique de Denis Pittet
Le progrès est en marche

Nous sommes à Gordes en cette mi-avril 2026. Le bourg est l’un des plus visités du Luberon, dans le département de Vaucluse. Cela se voit car une partie des Français est en vacances. On n’ose pas imaginer ce que cela donne en juillet-août, car c’est déjà effectivement « blindé » de monde. En fait, je pense qu’il y a toujours du monde dans ce village classé parmi les plus beaux de France. C’est vrai que c’est très joli, les ruelles aussi pentues que pittoresques et les échoppes et autres boutiques aussi authentiques qu’une bonne copie d’un Picasso… A Gordes, on trouve le miel, le banon, les huiles d’olive, les confitures, des chapeaux, des robes en dentelle et un Provencal Bazaar…
Et on trouve évidemment bars, restaurants et terrasses à profusion. Tiens, en parlant de terrasses, parlons de celle de ce restaurant aux portes du château, jolie terrasse, ombragée. A peine assis, un serveur vous saute dessus (c’est suffisamment rare pour être relevé) et vous indique… la marche à suivre. Oh, ce n’est certes pas une première mondiale, loin s’en faut, mais en cette journée, on a confiné à l’absurde. Donc il faut lire un QR code, défricher la carte minuscule sur son téléphone, commander via une interface peu conviviale et surtout payer le tout avant même d’être servi et avec 2 % de majoration. Pas de téléphone, pas servi. Pas payé, pas servi. Une question ? Tu passes pour un idiot. Quelque chose qui n’est pas sur la carte ? Impossible. Tu commandes de l’eau et après l’avoir payée, le type te dit qu’ici, l’eau est offerte. Vive le contact (ou plutôt le sans contact) et vive les rapports humains. Mais le plus idiot de cette scène est à venir : pendant que tu scannes, coches, hésites, poses une question, quatre serveurs te regardent benoîtement et ne font… strictement rien. En gros, ils ne servent plus à rien à part essuyer les critiques des clients et… servir ce qui ne leur a pas été commandé directement. C’est débile.
Voyager étant toujours riche en enseignements, nous voici sur l’A79. « La première autoroute de France en flux libre ». Si et quand tu ne sais pas ce que c’est, tu imagines deux secondes que… c’est libre, donc gratuit ? Mais non, pas du tout. Sur 88 kilomètres, 6 portiques scannent tes plaques et des panneaux répétitifs te disent d’aller sur un site internet et de payer ton passage dans les 72 heures, sinon punition… Bon, c’est une sorte de télépass amélioré et on devine sur le site que cela pourrait être l’avenir de toutes les autoroutes françaises. Mais imaginez le bordel derrière cela : banque de données énorme, administration de dingue pour réclamer les impayés (et il doit y en avoir !), frais de rappel et surveillance. Et même pour 40 centimes d’euros, tu as droit à ton ticket virtuel. J’imagine ce système sur l’A7 le week-end du 14 juillet.
A Gordes ou sur l’A79, le progrès est en marche.
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