La chronique de Denis Pittet
Il faut sauver le vin vaudois

Je pense que s’il y a une chose qui ne réjouit personne, c’est l’arrachage des vignes faute de débouchés pour les récoltes à venir. La mesure est violente et semble assez définitive : replanter coûte une blinde et il faut attendre entre 3 et 6 ans avant que les nouveaux ceps produisent. Les vieilles vignes ont traditionnellement entre 30 et 40 ans, parfois plus. Arracher est un crève-cœur. Les photos de parcelles désormais vides aux portes de Lavaux sont d’une infinie tristesse et la tristesse de celles et ceux qui ont dû en arriver là est sans doute sans fond.
Les raisons de cette catastrophe sont multiples et complexes : dédain pour le vin, importation de vins étrangers, triomphe de la bière, rejet de la société pour l’alcool et le vin en particulier. Soit-dit en passant, je pense que les gens boivent toujours autant, mais du vin, moins, c’est certain. Je me souviens aussi d’un Lavaux triomphant dans les années 1985-1995, où la coopération entre vignerons et villages n’était pas un point fort. C’était un peu du chacun pour soi et le pire problème était de gérer les files de clients suisses allemands. Vin et argent coulaient à flots, rénovations et investissements mégalo suivaient. Le retour de manivelle a mis du temps à venir.
Je ne suis pas de ceux qui croient qu’une loi ou même la constitution vaudoise ne puissent être changées. Je pense même qu’à long terme le paysage de Lavaux est menacé. Le pouvoir du fric est énorme. Celui de la pression démographique et du manque de logements tout autant. Les parcelles arrachées n’accueilleront pas que des oliviers. Si un jour une brèche est ouverte, ce sera une catastrophe pour ce paysage millénaire, fierté absolue et immuable. Jusqu’à il y a peu…
Il faut donc protéger Lavaux (et les autres) et encourager la consommation de vin vaudois (et suisse). On évoque facilement dans ce sens l’exportation des blancs vaudois. Beaucoup de bla-bla, peu de résultats. Les subventions fédérales et cantonales à l’arrachage envoient-elles fondamentalement un bon signal ? Sans doute non. Quand vous allez en Italie (même dans le val d’Aoste) ou en France voisine, vous trouvez beaucoup de vins vaudois à la carte des restaurants ? Aucun. Dans le canton, il y a autant et parfois plus de vins français et italiens à choix. Il faut changer cela. Qui se souvient des discussions endiablées lors de l’introduction de l’article « sirop » dans la LABD ? Eh bien le vrai courage politique serait d’obliger tous les restaurants à vendre du vin de la région. Evidemment tout le monde rit en lisant cela. Et pourtant, une telle mesure – ce qui est simple se comprend – aurait un effet immédiat et vaudrait plus que tous les verbiages que l’on peut lire de la part des docteurs en matière de « sauvegarde du vin » et de sa consommation ou des milliers de pages d’études sur le sujet.


