La chronique de Denis Pittet
Des JO faits pour la télévision

Les Jeux olympiques de Milan-Cortina ne pouvaient mieux commencer avec la victoire de Franjo Von Allmen en descente ! Cette victoire montre à l’envi une fois de plus que la Suisse peut et sait se réjouir autour d’un tel événement. Ceci ne pouvait mieux tomber pour le projet de 2038. On attendait un peu plus les porteurs du rêve olympique suisse surfer sur la vague de ce succès. A force de reculer pour mieux sauter, ils ne sauteront plus.
Von Allmen entre donc dans le panthéon du ski suisse. Sa vie est changée pour toujours. Aujourd’hui, en 2026, les médias font encore la part belle aux Russi, Berthod ou Collombin pour ne citer qu’eux. Imaginons sans peine que Von Allmen sera interviewé dans 70 ans et parlera de Cortina comme Madeleine Berthod parle de sa victoire en 1956.
Vendredi soir dernier on a donc assisté à une cérémonie d’ouverture nouveau format. Pari réussi pour le CIO ? C’était pour le moins ahurissant de voir quatre cérémonies en une, défiler des délégations éclatées entre Milan, Cortina, Livigno et Predrazzo, délégations parfois réduites à leur plus simple expression. A disséquer les images, un constat s’est imposé : il n’y avait pas foule dans les rues de Cortina, sans doute encore moins à Livigno ou Predrazzo. En réalité, la cérémonie d’ouverture a surtout démontré qu’elle avait été uniquement conçue pour la télévision et la diffusion. Un exercice réussi de haute-voltige et de synchronisation. De savoir si la sauce a pris est une autre question.
Le CIO a pris le parti de sacrifier la ville-hôte et les sites réunis pour désormais éclater le concept (et une partie de « l’esprit olympique » avec) à l’échelle d’une région, de plusieurs régions (France 2030) et peut-être d’un pays en 2038 (la Suisse, donc.) Dans le but d’éviter des éléphants blancs, des surcoûts pourtant déjà évoqués pour Milan-Cortina ou pour aller chercher la neige où il y en a encore. Que faut-il (déjà) penser de tout cela ? Eh bien, dans le fond, que 99,9 % des gens qui assistent aux JO sont des… téléspectateurs qui se fichent finalement bien de savoir où sont prises les magnifiques images de leurs sports favoris. La question du lieu ou des lieux des JO se posera donc toujours mais, paradoxalement, les JO vivent parfaitement en dehors de cette réalité au moment des compétitions. La fierté, le savoir-faire d’un pays hôte, sa capacité à organiser relèvent d’un domaine complètement différent que celui du résultat porté par la télévision, dont les droits, rappelons-le, sont la manne financière première du CIO. Les Jeux de la Grèce antique se déroulaient invariablement à Olympie. La question du lieu unique et pérenne pour le déroulement des Jeux reste une bonne question. L’énorme majorité des téléspectateurs ne verrait strictement aucune différence avec ce qui se passe aujourd’hui. Mais le CIO n’encaisserait pas les mêmes droits. Et la volonté ou l’envie de montrer qu’on est capable et qu’on veut organiser les Jeux resterait tenace chez certains .


