La chronique de Denis Pittet
Le bonheur est dans les Halles couvertes

Par la route, 2601 kilomètres les séparent. C’est la distance entre les Halles de Sète et le Fishmarket de Bergen, en Norvège.
Les Halles de Sète méritent le détour. Sète, d’ailleurs, est devenue très à la mode depuis une petite dizaine d’années. Justifié. La ville est en pleine mutation mais reste jolie et charmante, évidemment surtout en son centre. Et les Halles sont au centre du centre, joliment placées et dotées d’un parking facilement accessible, un peu – pour prendre une image – comme la Riponne à Lausanne. Autour des Halles de Sète fleurit une zone piétonne et foisonnent les cafés, bars, boulangeries et les terrasses du Sud qui ne désemplissent pas et où l’on boit qui le café, qui le pastis, qui la bière ou qui le verre de rosé. Bref, ça vit !
Ça vit aussi intensément dans les Halles : on se croirait revenu à l’époque de Pagnol (ou celle de Brassens à Sète). Tout le monde se connaît sauf les touristes, ce qui permet aux autochtones d’alpaguer non sans humour et parfois presque brutalement les quidams à l’air perdu, qui hésitent entre acheter un melon, un poisson entier, un morceau de viande, de fromage, des coquillages ou de s’asseoir pour déguster les huîtres de Bouzigues avec un verre de Picpoul. Ça sent bon, c’est beau et moi je dis ça fait envie ! Plus haut, à Bergen, Norvège donc, au Fishmarket, c’est exactement la même chose sauf les produits. Les poissons évidemment, des sandwiches aux crevettes, de crabes rouges royaux et des pâtisseries. Entre autres. Et l’endroit vit, les gens passent, rient, discutent.
Combien de Halles et de marchés couverts entre Sète et Bergen ? Combien de ces lieux souvent chargés d’histoire, témoins d’architecture parfois disparues ou au contraire hyper moderne ? Combien d’étals entièrement dédiés à la promotion des produits locaux, vitrines permanentes du savoir-faire des pêcheurs, artisans, bouchers, apiculteurs, agriculteurs ou vignerons ? Combien d’odeurs, de saveurs, de goûts, d’effluves, combien d’épices, de recettes glissées au coin de l’oreille, combien de découvertes ? Combien de rencontres puis de rendez-vous dans une cave, un cellier, une ferme ? Combien ? La Grenette, à Lausanne, ça vous dit quelque chose ? Une halle et entrepôt de blé construite entre 1838 et 1840 au nord de la place de la Riponne. A la Grenette avaient lieu des concours de bétail, des expositions et évidemment le marché. Elle abrita des fêtes et des bals. En 1884, elle fût dotée d’une verrière et la vie s’y développa intensément jusqu’en 1933, année de sa démolition. Aujourd’hui (je passe rapidos sur un petit siècle de ratages urbanistiques) l’association « Créons une halle gourmande à la Riponne ! » propose de recréer une halle dans l’esprit de celles de Sète et de Bergen et des centaines d’autres en Europe, à Lausanne, sur la Riponne ! Une si bonne idée ne mérite aucune justification. On se demande même pourquoi ce projet magique n’est pas encore réalisé.


