Kérosène
La petite histoire des mots – La chronique de Georges Pop

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le 28 février dernier, et le blocage du détroit d’Ormuz, le prix du kérosène a plus que doublé. En conséquence de quoi, plusieurs compagnies aériennes ont d’ores et déjà annulé certains vols et augmenté le prix de leurs billets. C’est le cas, par exemple, de Lufthansa, Swiss et Edelweiss. Mais d’autres compagnies devraient suivre, les majorations variant en fonction des destinations. Une situation qui tombe très mal pour le secteur touristique, à quelques semaines des grandes migrations estivales.
Le mot « kérosène » désigne un liquide incolore ou parfois légèrement jaunâtre, issu de la distillation du pétrole brut. Il est principalement utilisé comme carburant pour les réacteurs d’avions, mais il sert aussi communément de solvant, pour le chauffage ou l’éclairage. On pourrait croire que ce terme est né en même temps que l’aviation moderne. En réalité, il date du milieu du XIXe siècle, plusieurs décennies avant le premier vol historique motorisé des frères Wright qui a eu lieu le 17 décembre 1903 à Kitty Hawk, en Caroline du Nord.
Le mot « kérosène » a été inventé et déposé comme marque en 1852 par un géologue et médecin canadien du nom d’Abraham Gesner. Ce scientifique avait découvert comment distiller ce liquide inflammable à partir de l’asphalte et du pétrole. Il était utilisé non pas dans un moteur, mais comme « pétrole lampant » pour l’éclairage. Gesner a imaginé « kerosene », en anglais, à partir du grec « kêros » qui veut dire « cire », son produit ressemblant à de la cire de paraffine, en y ajoutant le suffixe chimique « -ene ».
Dès 1862, le terme apparaît en français sous la forme « kérosine » dans certaines publications techniques pour désigner ce produit d’éclairage. Mais très vite, la forme définitive « kérosène » va s’imposer, notamment sous l’influence du dictionnaire Littré-Robin qui l’adopte.
Le tout premier avion à réaction de l’histoire à avoir utilisé un carburant apparenté à du kérosène est un Heinkel He 178 allemand. Il a effectué son premier vol le 27 août 1939, quelques jours avant l’invasion de la Pologne par les Allemands, aussitôt suivis par leurs alliés soviétiques, et le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Outre le He 178, le Gloster Meteor (Royaume-Uni) et le Messerschmitt Me 262 (Allemagne) furent parmi les premiers avions à utiliser des carburants dérivés du kérosène, à la fin du conflit.
L’aviation moderne a adopté ce carburant car il est plus énergétique et surtout moins volatile que l’essence, ce qui réduit considérablement les risques d’incendie et d’explosion, notamment en cas d’accident. En outre, à 11’000 m d’altitude, où la température négative est d’environ -55°C, il reste liquide et fluide, assurant une alimentation continue des moteurs. Enfin, il est moins cher à produire que l’essence.
En guise de conclusion, et par ludique curiosité, l’auteur de ces lignes a demandé à l’Intelligence Artificielle de lui composer une déclaration d’amour avec le mot « kérosène ». Voici le résultat : « Mon amour, grâce à toi, chaque jour ressemble à un décollage vers le septième ciel. Tu n’es pas seulement une étincelle, tu es le kérosène qui alimente mon cœur. Avec toi, je ne marche plus, je vole… »


