Histoire – Mary Widmer-Curtat – Héroïne de l’ombre
Nicole Knuchel | Figure remarquable de la région vaudoise, philanthrope et humanitaire, Mary Widmer-Curtat a secouru plus de 9000 enfants, personnes réfugiées et soldats belges durant la Première Guerre mondiale.

Enfant de chez nous
Née Mary Adrienne Emilie Curtat le 19 mars 1860 à Auboranges dans le canton de Fribourg, près d’Oron, Mary Widmer-Curtat était fille d’agriculteurs modestes, troisième enfant de Jean-Louis et Emma Curtat-Perret, et la sœur du peintre Louis Curtat. En 1881, à 21 ans, elle fait la connaissance du Dr Henri-Auguste Widmer et l’épouse l’année suivante.
Une rencontre inouïe
Son mari exerce d’abord dans son cabinet à Bussigny – Mary l’aide au bien-être des patients. Ensuite, installé à Lausanne, il enrichit ses compétences médicales et fonde en 1905 la clinique Valmont à Glion. En 1913, dans cet établissement connu de la haute société et l’aristocratie européennes, Mary rencontre la reine Elisabeth de Belgique. La relation entre le couple Widmer et la famille royale belge se transforme rapidement en amitié.
Secours aux réfugiés belges
En 1914, l’occupation par les troupes allemandes de la Belgique, pays neutre comme la Suisse, est vécue comme une trahison. Lorsque Mary lit les appels à l’aide en faveur des Belges qui vivent des exactions des troupes allemandes (exécutions par centaines, pillages, déportations, incendies et destructions de villes), elle est choquée et veut agir. Elle crée rapidement l’Œuvre de secours aux réfugiés belges. Soutenue par son mari et par Aloïs de Meuron – membre influent de la presse lausannoise et conseiller national, son action prend de l’ampleur sous le nom de Comité central suisse de secours aux réfugiés belges. A travers son engagement, une amitié durable naîtra avec la famille royale belge.
9000 personnes sauvées
L’action humanitaire de Mary Widmer-Curtat a permis de sauver près de 9000 enfants, personnes réfugiées et soldats belges internés qui ont été accueillis en Suisse afin d’échapper aux horreurs de la guerre. Ils recevaient assistance médicale, matérielle et financière. Mary trouva des centaines de familles d’accueil suisses, souvent paysannes, pour y placer temporairement des enfants rescapés. D’ailleurs, les Widmer se sont rendus plusieurs fois en Belgique auprès du couple royal.
Maman des Belges
Mary Widmer-Curtat reçut de nombreux honneurs. En 1919, elle fut faite chevalier de l’Ordre de Léopold, en Belgique. Quelques années plus tard, elle fut nommée membre d’honneur de la Société Royale Union Belge-Lausanne (SRUBL), qui lui témoigne une affection particulière en la surnommant maman et par la suite grand-maman des Belges.
Mémoire collective
Mary Widmer-Curtat meurt à Lausanne le 29 décembre 1947 dans sa 87e année. En 2014, une plaque commémorative Mary Widmer-Curtat fut inaugurée à Lausanne, quai de Belgique, à Ouchy, au pied de la statue La Belgique reconnaissante. Dans le cadre du projet de visibilisation des femmes dans l’espace public (2019), son portrait a été inclus dans le livre « 100 femmes qui ont fait Lausanne ». D’ailleurs, en 2023, la Promenade Mary-Widmer-Curtat – le chemin à côté de l’immeuble Riant-Site – av. de Montbenon, a également vu le jour.
Héroïne de l’ombre
Jusqu’au 8 novembre, une exposition dédiée à Mary Widmer-Curtat – Héroïne de l’ombre, nous replonge dans les années sombres de la Première Guerre mondiale, mettant en lumière cette héroïne suisse au service des Belges. Cette exposition marque le centenaire de la Société Royale Union Belge de Lausanne (SRUBL) qui rend hommage à la figure symbolique à l’origine de sa création. C’est grâce à cet anniversaire et à l’initiative de la SRUBL que l’exposition a pu voir le jour, et Mary enfin sortir de l’ombre.
Un destin extraordinaire pour cette dame d’origine modeste d’Auboranges près d’Oron !


