Histoire – La « maréchaussée » Burki

Nouveau: Série en 8 épisodes documentée par Jean Badertscher et rédigée par Gilberte Colliard

Episode 1

La « maréchaussée » d’Oron et les prisons du château, de 1747 à 1803

En 1980, Jean Badertscher fut contacté par Max Burki, aujourd’hui décédé. Désireux de connaître ses racines et l’histoire de sa famille, ce dernier a effectué un important travail de recherches qui l’a mené jusqu’à la demeure actuelle de Jean Badertscher, à la ferme du Bois Léderrey à Oron-le-Châtel, qui fut de 1781 à 1785 propriété de la famille Burki. En 1985, il fit parvenir une copie de son dossier à l’actuel propriétaire, représentant de la deuxième génération de Badertscher vivant dans cette ferme depuis les années 1920. Un dossier qui aurait pu rester au fond d’un tiroir, mais par bonheur, Jean Badertscher, bien que natif de 1932, est resté actif et a gardé un vif intérêt pour l’histoire de sa région. Son parcours professionnel en a fait un touche-à-tout exemplaire : charron, forgeron, fabricant d’échelles, mécanicien autos et vélos puis employé aux CFF à Neuchâtel avant de revenir, pour sa retraite, à la ferme familiale où il avait grandi avec ses frères Fritz, Emile et Ernest. Il photographie et collectionne de nombreux documents relatifs à son village. Sa maison fourmille d’éléments surprenants telle cette peinture de la Duchesse de Bourbon sur la partie intérieure d’une porte d’armoire. Conscient de l’intérêt de l’histoire de la famille Burki, liée intimement à une intéressante page de l’histoire régionale, il offre au lecteur du Courrier un large condensé de ce dernier. Bien que le dossier de l’arbre généalogique de la famille Burki débute au 17e siècle, nous allons nous attacher particulièrement à la vie de Nicolas Burki et de ses fils Jean-Antoine et François. 

La « maréchaussée » Burki 

A Oron-le-Châtel, située au lieu-dit « Clos Derrière », une petite maison dite « Paysanne » fut autrefois la demeure de Nicolas Burki, caporal de la maréchaussée au château d’Oron, chargée de la sécurité publique. Ancienne maison incendiée, sise au bord de la route de Bulle, Nicolas la reconstruit en 1771, avec l’aide de son fils, Jean-Antoine, maître charpentier de son état. La famille Burki y vécut jusqu’en 1904 date à laquelle, la maison fut vendue à la famille Desarzens, aujourd’hui patrimoine de la famille Sax. Jean-Antoine acheta la maison du Bois Léderrey, propriété actuelle de Jean Badertscher, le 3 janvier 1781 de Abram-Isaac et Daniel Maillard. Daniel-Nicolas Burki (dit Nicolas) est né aux Cullayes, où il est baptisé le 28 juin 1722. Comme ses congénères, il s’engage probablement dès l’âge de 16 ans, car la guerre sévit toujours à l’étranger. Le prétexte en est la succession d’Autriche. La guerre se terminera en 1748 par la Paix d’Aix-la-Chapelle1. De nombreux Suisses sont engagés à l’étranger : 23’000 en France, 20’000 en Hollande, 14’000 en Espagne, 10’000 en Savoie, 6000 à Naples, 2600 en Autriche. Un grand nombre de gueux rôde dans le Pays de Vaud, les routes ne sont pas sûres2. Berne réorganise la police et crée, à sa solde, en 1741, un corps de patrouilleurs et caporaux pour la chasse des gueux et rôdeurs qui est à l’origine de ce qu’on appellera plus tard la maréchaussée. Le règlement de 1754 prescrit que lorsqu’un de ces officiers de police était appelé à donner la bastonnade, il recevait pour salaire un crutz (1/4 de batz) par coup de bâton. Est-ce en récompense de ses faits d’armes que les frères Nicolas et Pierre Burki sont engagés comme patrouilleur ou «maréchaussée» comme on les appelle communément, l’un à Oron-le-Châtel et l’autre à Moudon ? Nicolas doit entrer en fonction au début de 1747. Comme il ne loge pas au château d’Oron et qu’il doit fournir son uniforme, il est vraisemblable qu’il s’est adressé au maître-tailleur d’Oron-le-Châtel, Jean-Noé Mayor. Il s’est probablement épris de sa fille, car le 30 décembre 1746, à l’église de Chavannes, est béni le mariage de Nicolas Burki avec Marguerite Mayor. Les nouveaux époux s’installent chez le beau-père (actuellement propriété de la famille Mayor) et une petite Madeleine est baptisée le 10 octobre 1747. Mais le jeune ménage tient à être chez lui. C’est pourquoi, le 12 janvier 1748, Jean-Noé cède à sa fille la moitié de sa maison, côté de vent et la moitié du jardin vers le ruisseau moyennant 300 florins et jouissance de la cuisine. Pour ne pas faire de jaloux, il doit avoir cédé l’autre moitié à une autre fille, car le 13 mars 1755, cette dernière qui s’est mariée et a quitté Oron-le-Châtel, vend l’autre moitié de la maison et du jardin à Nicolas pour 48 écus petits, soit 240 florins, mais en réservant un droit d’habitation pour Jean-Noé Mayor.

1. Le 18 octobre 1748, le traité d’Aix-la-Chapelle met fin à la guerre de la Succession d’Autriche. Cette guerre de huit ans révèle l’émergence d’une nouvelle puissance avec laquelle il faudra compter : la Prusse.
Réf. Camille Vignolle www.herodote.net

Le Kreuzer ou crutz monnaie bernoise

2. Moeurs et vices du peuple vaudois au XVIIIe siècle 

En 1764, les pasteurs vaudois envoyaient à Berne des rapports sur les mœurs et vices de leurs paroissiens. L’ivrognerie est le vice principal du peuple. L’indécision, le manque d’initiative sont aussi reprochés aux vaudois du XVIIIe. Ils sont routiniers et suffisants; ils cultivent leur vigne ou leur champ sans chercher aucune amélioration. Ainsi ont fait leurs pères, ainsi ils font et ainsi feront leurs enfants. Dans certains villages, la brutalité se joignait à l’ivrognerie et les fêtes devenaient souvent prétextes à de cruelles bagarres; le bon vin coulait à flots et il arrivait souvent que le sang était versé. Durant le Moyen Age, les routes du Pays étaient impraticables. Au début du XVIIe, les routes continuaient à être le théâtre de nombreux assassinats. Le brigandage, cependant tendait à disparaître, grâce à l’énergie du gouvernement. La dernière bande de brigands fut anéanties en 1702; vingt-cinq brigands furent pendus, décapités ou envoyés aux galères. Voilà donc en quel peu réjouissant état moral se trouvait le peuple vaudois. L’état matériel n’était guère meilleur. Ecoutez Mme Charrière parler des paysans : « leurs biens sont presque tous hypothéqués; les cultivateurs ne sont plus que des esclaves ». Ajoutez à cela, les dîmes, les exactions baillivales, les amendes. Ces pauvres gens, en somme ne devaient point avoir grand goût à un labeur dont ils ne retireraient guère profit.

Réf. Wikivaud – L’histoire du Pays de Vaud au travers des siècles.

Le florin suisse en argent vers 1765