« L’ordre divin » – Un ordre ébranlé

«L’Ordre divin» de la réalisatrice suisse Petra Volpe

Colette Ramsauer  |  Le 6 février 1971, les électeurs de notre pays donnaient leur accord au droit de vote des Suissesses en matière fédérale. Le film, inspiré de faits vécus, rappelle que des femmes se sont battues afin de convaincre les résistants et les hésitants au oui. Un sujet clos direz-vous. 45 ans plus tard, l’autocritique est encore permise.

En Appenzell

Point fait sur les événements d’un monde en mutation, manifestations de rue, revendications, opposition à la guerre du Vietnam, Woodstock, la caméra campe dans un coin tranquille du pays en Appenzell, à quelques tire-d’aile de la grande Zurich, C’est là que vit Nora (Marie Leuenberger) caractère pondéré, appréciée de son entourage, femme au foyer dont l’esprit s’envole le soir devant un globe terrestre lumineux. Servi à table son mari, son beau-père, ses deux garçons, mis à sécher une forêt de chaussettes et aspiré le tapis du séjour, elle se rappelle de l’obtention de son CFC et part à la recherche d’un boulot dans la capitale du canton. Pas simple. Son idée va à l’encontre des statuts de l’ordre divin dictant les obligations d’une mère de famille modèle.

Femmes en marche

Aussi, n’en déplaise à son conjoint Hans (Maximilien Simonischek), elle s’engage personnellement dans la campagne pour le droit de vote des femmes, étape cruciale, selon elle, vers l’émancipation. Avec une seniore rebelle et une jeune émigrée italienne qui la motivent, elle rassemble nombreuses femmes de la région qui pour se faire entendre, en viendront à faire au coude à coude une grève de plusieurs jours dans un grenier.  S’en suivent des scènes burlesques à l’instar de celles autour des fourneaux livrés aux hommes. De l’humour, il en a fallu aussi pour faire passer à l’écran la séance d’un cours d’éducation sexuelle venu du Nord de l’Europe, en vogue à cette époque. L’histoire de Nora, c’est aussi celle d’un amour durable avec Hans son époux – qui votera oui – et une empathie pour ceux de son entourage qui cherchent ou ne trouvent pas leur voie.

Suissitude récompensée

Le deuxième long métrage de Petra Volpe  – après Traumland en 2014 – s’inscrit dans  les films d’événements marquants du siècle passé. A l’instar «De la cuisine au Parlement», documentaire en 2010 de Stéphane Goël, «L’Ordre divin» a désormais son poids dans les archives de la cinémathèque suisse. Prix de Soleure 2017, sept nominations aux Prix du cinéma suisse 2017, le film arrive enfin sur les écrans romands. Réjouissant!

«L’Ordre divin» comédie de Petra Volpe Suisse 2017, 95’, vo sous-titrée français, 12/12 ans

Au cinéma d’Oron les 9, 10 et 12 juin à 20h