« The Square » – Questions grinçantes autour d’un carré

«The Square», comédie/drame du réalisateur suédois Ruben Östlund

Colette Ramsauer  |  Conservateur de musée d’art contemporain, Christian (Claes Bang) prépare «The Square», la prochaine grande exposition inscrite au programme de l’institution du Palais Royal de Stockholm. Autant dire que son agenda est chargé. Tout semble bien se passer quand survient un événement peu banal: la perte de son téléphone portable et de ses pièces d’identités. «The Square» palme d’Or 2017 à Cannes, ouvre à l’acteur l’accès à la célébrité. Et confirme le talent du réalisateur Rüben Östlund

Il roule écolo et soutient de grandes causes

Rüben Östlund nous emmène dans son pays, la Suède, où accueil aux immigrés, liberté sexuelle, politique aboutie de la petite enfance, tolérance de manière générale n’ont toutefois pas effacé certains préjugés envers les émigrés ou les femmes. Christian, père divorcé avec garde partielle de deux fillettes, en fait la démonstration. Vit-il en accord avec ses convictions? Bel homme, intelligent et drôle, politiquement correct, il roule avec une voiture électrique et soutient les grandes causes humanitaires. Les suites données au pickpocket dont il est victime feront la lumière sur un manque d’intégrité de lui-même dont il n’avait pas pris conscience. Ce qui le plongera dans une crise existentielle et le fauchera dans son élan vers la notoriété.

L’œuvre

«The Square» carré lumineux – installation artistique conçue pour le film par le réalisateur et son producteur Kalle Boman – est sensé inciter les visiteurs à la tolérance et la solidarité. Dans le scénario, l’artiste présumé propose une vidéo choquante sur Facebook, servant à happer le spectateur en deux secondes et l’intéresser à voir l’exposition. La scène, impliquant une p’tit-bout-d’chou en pampers serrant contre elle son doudou, fait le buzz! Et fait scandale.

Une performance dont on se souviendra…

… qui met en cause la responsabilité de Christian. Le film nous emmène du côté de sa vie privée, de ses bureaux administratifs, des coulisses de l’exposition, au grand vernissage, à un banquet de gala au Palais Royal, où sont chouchoutés les mécènes. Déambulant entre les tables des invités, l’acteur américain Terry Notary (La Planète des singes de Tim Burton, 2001) sensé amuser la galerie, entre dans le rôle d’un singe. Mais le rire ne dure pas. Lourde de symboles, la performance rapidement laisse entrevoir le portrait d’une société de nantis.

Génial réalisateur

Ruben Östlund, 43 ans, génial réalisateur, (Play, 2011prix Coup de coeur; Snow Therapy 2014, prix Un certain regard à Cannes déjà, et autres nominations) signe un film impressionnant autant par le scénario, le choix des acteurs que par ses qualités cinématographiques lorsque par exemple, il exploite la cage d’escalier chère au cinéma. La bande originale réserve quelques surprises ou s’empare de l’Ave Maria de Bach pour soutenir les moments sensibles d’une histoire invraisemblable.

The Square

Comédie dramatique de Ruben Östlund – Palme d’Or 2017 à Cannes SD/DK 2017, vo st, 151’ avec Claes Bang, Elisabeth Moss, Dominic West et Terry Rotary

Sorti en Romandie le 18 octobre