Ferlens – La terre et la gravure, des moyens artistiques pour parler de soi
Alors qu’à l’extérieur, la bise se plaît à tout glacer sur son passage, je pénètre dans l’atelier de Marie Saurer, au cœur de Ferlens, où ronronne un petit poêle à bois, offrant une atmosphère chaleureuse. Une longue table trône au centre de ce bel espace lumineux, garnie de pots, de pinceaux, de bidons de terre et d’œuvres en cours. Sur les étagères et tout autour de nous, les regards d’une incroyable diversité de sculptures humaines enfantées par les mains de notre hôtesse nous observent.




Ajouter des cordes à son arc pour assouvir le désir d’évoluer
Un besoin de calme et d’ouverture a poussé cette Lausannoise à venir s’installer à la campagne pour trouver le silence. A 20 ans, elle posa ses valises à Mézières où elle résida 10 ans avant d’avoir l’opportunité d’acheter sa maison à Ferlens en 1998, située face à un magnifique panorama ouvert sur les Préalpes. Dans cet havre de paix, elle vit grandir ses trois filles et s’adonna à sa passion artistique. Après avoir effectué 4 ans de formation à l’Ecole supérieure d’arts appliqués en Céramique, à Vevey, elle a travaillé à Lausanne quelques années. Parallèlement, elle s’est impliquée dans la Fondation Delafontaine, qui œuvre dans le domaine du handicap mental de l’enfant à l’adulte, en offrant une pédagogie spécialisée. « J’y ai animé un atelier de poterie jusqu’à ma retraite, il y a 4 ans. Cela m’a énormément apporté. Ici, mon travail me donnait des idées et là-bas, je recherchais comment les développer avec les adolescents. Ces deux activités s’enrichissaient l’une avec l’autre. La terre est un élément thérapeutique en soi. Malaxer cette matière avec ces jeunes qui ont beaucoup de peine à s’enraciner leur aide à s’exprimer » relève l’artiste qui n’a cessé de se perfectionner avec des formations d’éducatrice sociale en cours d’emploi et d’animatrice en atelier d’expression.
Besoin de liberté dans la création
Délaissant le tournage, à la recherche d’un mode d’expression lui offrant une plus grande liberté, elle a fait 10 ans de modelage académique à l’Ecole d’Architecture à Lausanne et participé, au sein d’un petit groupe, à peaufiner son art à Morges, sous la direction d’un ancien professeur. « Avec un morceau de terre, sans support, j’ai commencé à faire des personnages. Je suis partie sur les dames, les hommes me parlaient moins. En regardant ce qui sort de ses mains, on peut parler de soi. La création de ces personnages est intimement liée à ce que je vis. J’ai donné forme à la femme enceinte lorsque j’attendais ma troisième fille, elle me renvoie mon ressenti de ces moments. Bien que j’aie exposé mes dames dans des galeries de la région, je n’ai jamais créé pour être mise en lumière. Je le fais pour moi et amener les autres à cette expérience importante pour chacun. J’adore coacher les gens » souligne-t-elle.
De la terre à la gravure
Depuis quelques temps, l’infatigable créatrice s’est mise à la gravure sur linoléum dans son atelier et une fois par semaine à Bulle avec une presse. « J’ai découvert un monde fascinant, plus léger, d’une diversité infinie où j’utilise la couleur. Depuis ma retraite, j’ai besoin de créer, j’ai mille envies et idées » souligne-t-elle les yeux pétillants, puis parlant avec conviction elle ajoute : « Il faut arrêter de se limiter avec les jugements reçus à l’école et autour de soi. Personne n’est nul. La terre, par exemple, est une démarche d’où on part avec rien en ne sachant rien. C’est la matière qui nous guide et nous parle. Travailler avec ses mains est important et nous apporte la satisfaction de voir le résultat ».
Lorsque je quitte la sérénité de son atelier, Marie Saurer me montre le four où cuisent les céramiques et me raccompagne jusqu’à son petit jardin. Là, elle attire mon attention sur le grand totem élaboré avec ses élèves de la fondation, pour lequel chacun a apporté sa contribution créatrice en fonction de ses possibilités. Une belle rencontre avec cette artiste riche d’humanité, d’humilité et de passion.


