Exposition – Le monde foisonnant de Otobong Nkanga au MCBA
Au Musée cantonal des Beaux-Arts, jusqu’au 23 août






Laissez-vous séduire par les œuvres variées et profondément originales de la grande artiste africaine. Elle est née à Kano, au Nigeria en 1974, a fait des études d’art dans son pays, puis en France et aux Pays-Bas, avant de s’installer à Anvers. Elle a été présente dans les plus prestigieuses expositions internationales.
La variété dans sa création tient d’abord aux matériaux utilisés : acrylique, gouache, bois tissus, métaux, verre, céramique, etc., ainsi qu’à ses divers sujets. On trouvera aussi des vidéos et des « installations » d’objets qui ont toutes un sens. Elle montre un rapport profond avec la nature, dénonçant notamment l’exploitation minière coloniale du cuivre au Nigeria et en Namibie et ses conséquences désastreuses pour l’environnement. Elle se réfère aussi à son monde intérieur, comme dans la toile Spots of Amnesia, qui peut faire penser à certaines œuvres psychédéliques. D’autres sujets, tels ces personnages sans tête se livrant à diverses activités, rappellent l’univers des surréalistes. Car Kkanga s’est nourrie d’influences multiples, aussi bien africaines qu’européennes. L’exposition, réalisée conjointement avec le Musée d’Art Moderne de Paris, permet de mesurer l’évolution d’une artiste qui ne se répète pas, mais ne cesse d’expérimenter et de se réinventer. Certaines œuvres sont plus ludiques, montrant par exemple des hommes jouant. Son univers est tantôt abstrait, tantôt onirique, tantôt réaliste voire hyperréaliste, parfois carrément cosmique, comme dans le monumental The Weight of Stars. Mais partout règne un foisonnement de couleurs, dans une belle gamme chromatique, s’accordant avec des formes volontiers courbes et entrelacées. Cet accord entre figures géométriques, architecturales et surtout végétales enchante.
Le public sera particulièrement frappé par le contenu de la grande salle du 2e étage, où sont exposées des tapisseries géantes, alliant un art traditionnel d’Afrique de l’Ouest au grand art flamand. Elles évoquent des espaces et des moments de la nature, d’où leurs titres Midnight ou Sunlight, quand ce ne sont pas des fonds abyssaux. On peut aussi admirer une autre facette de l’artiste : ses œuvres en trois dimensions, réalisées à l’aide de matériaux multiples, et reliées entre elles par un entrelac de cordes tissées à la main, qui suggère l’imbrication des paysages et des continents. Certes, on pourra ne pas tout « comprendre » dans l’exposition, dont les pièces présentées portent souvent des titres sibyllins. Mais on sera envoûté par l’inventivité de l’artiste. Son œuvre n’est ni, ou est à la fois « africaine » et « européenne », elle se réfère au passé et au présent, elle est surtout humaniste et dans ce sens a une portée universelle. Une belle découverte !



