Exposition – Des artistes, oubliés ou méconnus, et aussi des noms célèbres
L’exposition pulliérane joue sur une scénographie originale. Dès le début, on est « bluffé » par une photographie géante en trompe-l’œil, où on avait cru voir des rayonnages de tableaux conservés verticalement. L’institution révèle par là sa double fonction. Elle est aujourd’hui surtout dévolue à des expositions temporaires. Mais elle recèle aussi une collection d’objets, sculptures et tableaux. Ce fut d’ailleurs la vocation première de ce qui fut créé en 1949 et nommé Musée du Vieux Pully. Comme le montre la première salle, sa mission initiale était de conserver de nombreux objets rattachés à la vie passée de la localité. On verra donc des outils liés à la vigne, des fers à repasser, des cruches, des moulins à café, des assiettes, des uniformes, et j’en passe… Mais dès le début, ce qui allait devenir le Musée d’art de Pully rassembla aussi des peintures et sculptures. Le fonds s’enrichit considérablement au cours des décennies, notamment grâce à des donations.
Dans les salles suivantes, on aborde la peinture locale, suisse et parfois internationale. Le grand espace intitulé « Illustres et inconnu-e-s » peut surprendre, car on n’y trouve mention ni des noms des artistes présentés ni des sujets. On veillera donc dès la réception à se munir du Guide de visite gratuit qui donne tous les détails. Mentionnons le portrait emblématique de Gino Severini, représentant la gloire littéraire pulliérane. C.-F. Ramuz, dont le petit musée à lui dévolu jouxte d’ailleurs le Musée d’art. Parmi les nombreux artistes à redécouvrir, dont Marius Borgeaud, Edouard Morerod, mais aussi Ferdinand Hodler, Jean Cocteau, Jacques Pajak, André Derain et de nombreux autres dont le nom ne vous dirait probablement rien, car plus ou moins effacés de la mémoire collective. Remarquons aussi deux bustes en bronze de Ramuz par le sculpteur Casimir Reymond, qui fut le maître de nombreux artistes locaux, masculins et féminins.
La salle suivante est entièrement consacrée à « un oublié des réserves », Louis Clermont (1878-1949). Sans briller particulièrement par son originalité ou sa modernité, cet aimable peintre local séduit par ses paysages d’une grande douceur et ses scènes de villages pittoresques. Il méritait de sortir de l’ombre.
Puis on aborde l’œuvre de Violette Milliquet (1896-1982), artiste locale aux ravissantes toiles montrant des lieux, comme Le Prieuré, et des bouquets de fleurs. Mais celle qui pourrait apparaître comme la quintessence de « l’artiste féminine » (au sens un peu dépréciatif du terme) fut aussi une excellente enseignante et une féministe engagée dans la reconnaissance des artistes femmes, ce qui n’allait pas de soi à une époque encore très machiste ! A la fin de sa vie, elle montra plus d’originalité, avec un ensemble en trois dimensions de tissus imprimés, qui plaira certainement à des nombreux visiteurs.
Dans la dernière salle du premier étage, on se trouve en face d’un véritable grand artiste, à la fois « enfant du pays » et Breton de cœur : Marius Borgeaud (1861-1924). Il a peint la plupart de ses tableaux dans cette région rurale de l’Ouest de la France, représentant surtout de fascinantes scènes d’intérieur : joueurs de cartes, repas, buveurs de vin à l’Auberge bretonne, son lieu de prédilection, ou encore travaux féminins. Sa toile la plus saisissante est sans doute Les Joueurs de boules, dont on voit les silhouettes à contre-jour. Là, on est en face d’un artiste de niveau international, dont les sujets et la technique picturale recourant surtout aux à-plats suscitent l’admiration.
Le second étage du musée, à nos yeux un peu moins convaincant, est consacré à la photographie, dont un certain nombre de tirages sont reproduits en grande dimension. Suit un espace réservé à des lauréats du concours de l’Association des Amis des Musées de Pully. Le public peut d’ailleurs voter pour attribuer le Prix 2026 !
En bref, cette exposition rassemble un florilège d’œuvres fort diverses et datant de différentes époques de la fin XIXe au XXIe siècle, provenant d’artistes à la notoriété locale ou de portée internationale. Donc un parcours intéressant.
« Flash sur la collection.
Dans les coulisses du Musée d’art de Pully », jusqu’au 14 juin


