Exposition – Découvrir une Fondation culturelle en Valais
Si vous vous rendez ou séjournez à Montana-Crans, arrêtez-vous dans le village de Lens et visitez une exposition de la Fondation Opale.
Celle-ci est logée dans un superbe ensemble architectural où domine le verre, devant un petit lac de barrage. Déjà le lieu est idyllique et enchanteur. La Fondation, inaugurée en 2018, est l’unique centre d’art européen dédié au rayonnement de l’art aborigène australien. Elle s’appuie sur la collection de Bérangère Primat, qui compte plus de 1900 œuvres de 440 artistes. Mais elle organise aussi des expositions d’art de nature diverse.
Un espace permanent est consacré à la collection de Bérangère Primat. On y découvre l’œuvre de Rover Thomas, un artiste né vers 1926 dans le Grand Désert de Sable en Australie occidentale, et décédé en 1998. Il a acquis une grande célébrité dans son pays et dans le monde. Il est représentatif d’une culture profondément ancrée dans le rapport de l’homme avec la Nature. Ainsi le thème souvent repris du serpent gardien, le wanampi, qu’il vaut mieux prévenir si l’on veut entrer sur ses terres. L’art aborigène se singularise par ses fonds ocres, obtenus avec des piments naturels, et par ses formes sinueuses.
L’exposition actuelle, Racines, révèle la collection d’art contemporain de Garance Primat. Ecoutons-la : « Je suis persuadée que le fait de voyager et de côtoyer d’autres croyances et cultures, ouvre le cœur comme l’esprit. » Son contenu est donc très varié. On y trouve une minorité d’œuvres en trois dimensions, dont un beau nu féminin sculpté par Louise Bourgeois. La célèbre Niki de Saint-Phalle fut la compagne de Jean Tinguely, avec l’œuvre duquel ses figures féminines opulentes et très colorées entretiennent un étonnant dialogue : celles de Tinguely, très imaginatives « machines », faites de pièces de métal, reprennent et parodient notre monde industriel et technologique. On peut admirer leurs œuvres conjointes dans deux musées suisses (à Fribourg et Bâle), ainsi qu’à côté de l’Espace Beaubourg à Paris et du Moderna Museet, de
Stockholm.
Mais la plupart des pièces exposées dans les grands et lumineux espaces de la Fondation sont des toiles en deux dimensions. Nous avons particulièrement relevé l’ensemble de cercles de verre argenté et coloré de diverses couleurs, créés par Olafur Eliasson. Le contact avec la nature est bien représenté par les casiers de Herman de Vries contenant toutes sortes de plantes, animaux et objets provenant de marais. Richard Long renoue avec la préhistoire par ses cercles concentriques de pierres nues, qui avaient sans doute au néolithique une fonction magique ou cultuelle. Enfin, on a été enchanté par l’extraordinaire finesse du tissage réalisé sur métier Jacquard par Kiki Smith, représentant des papillons de nuit et des toiles d’araignées s’entrelaçant. La collectionneuse a classé ses œuvres selon le rythme d’une phrase qui condense à ses yeux toute sa vision de l’art : « Créer le Un sur Terre qui est la Nature de l’Homme et notre Matrice Originelle. »
On le voit, tous les pays et toutes les formes d’art contemporain sont présents dans cet ensemble poétique laissant libre cours à l’imagination des visiteurs. De quoi rêver avant de gagner la station et son arrière-fond de hautes montagnes enneigées.


© Keith Stevens/Copyright

© 2025, ProLitteris, Zurich

« Racines »
Collection Garance Primat
Fondation Opale, route de Crans 1
1978 Lens (Valais)
jusqu’au 12 avril
mercredi à dimanche


