En réponse à la chronique de Denis Pittet « Voiture électrique, bôf »
André Locher, Oron-le-Châtel | Votre article a le mérite d’une chose essentielle : il parle d’expérience vécue, sans posture idéologique ni discours moralisateur. A ce titre, il est précieux. Beaucoup d’utilisateurs potentiels de véhicules électriques se reconnaîtront dans les situations que vous décrivez, notamment en matière d’autonomie réelle, de recharge et de stress lié aux déplacements hors des axes bien équipés.
Il me semble toutefois important de replacer ce vécu individuel dans un cadre plus global. Si la voiture électrique déçoit parfois aujourd’hui, ce n’est pas tant parce qu’elle serait une fausse bonne idée, que parce qu’on lui demande de remplacer à l’identique un système – celui du moteur thermique – qui repose depuis plus d’un siècle sur des infrastructures extrêmement denses. Comparer les deux sans tenir compte de cet héritage crée inévitablement de la frustration.
Vous soulignez à juste titre les promesses exagérées des normes d’autonomie et le manque de fiabilité des réseaux de recharge (on retrouve les mêmes mensonges dans les consommations annoncées des voitures thermiques). Ces critiques sont légitimes et devraient d’ailleurs pousser les constructeurs et les pouvoirs publics à plus de transparence et d’investissement. Mais elles ne doivent pas faire oublier les limites structurelles du modèle thermique : un rendement énergétique médiocre, une pollution massive tout au long de la chaîne pétrolière, et une dépendance à une ressource finie dont l’exploitation alimente tensions géopolitiques et conflits armés.
Il est également vrai que la voiture électrique révèle, parfois brutalement, une réalité que nous avons longtemps occultée : la généralisation des longs déplacements individuels, rapides et sans contrainte, n’est peut-être plus compatible avec les enjeux énergétiques et environnementaux actuels. En ce sens, la frustration que vous décrivez n’est pas seulement celle d’un véhicule, mais celle d’un changement de paradigme encore mal assumé collectivement.
Votre conclusion ouvre d’ailleurs une piste intéressante : la voiture électrique n’est sans doute pas encore totalement mûre pour tous les usages, et encore moins pour toutes les régions. Elle fonctionne très bien dans certains contextes, beaucoup moins dans d’autres. La présenter comme une solution universelle a été une erreur ; la rejeter en bloc le serait tout autant.
En définitive, votre témoignage ne plaide pas tant contre la voiture électrique que pour une transition mieux pensée, plus honnête et mieux équipée. Une transition qui reconnaisse les limites actuelles, sans renoncer à l’objectif de réduire notre dépendance au pétrole. Entre l’enthousiasme aveugle et le désenchantement amer, il reste sans doute un chemin à tracer.


