Ecole – « Définir collectivement nos valeurs pour guider l’EPS Lavaux
Anne-Laure Emmenegger a pris les rênes de l’Etablissement primaire et secondaire (EPS) Centre Lavaux il y a environ cent jours, succédant à un directeur en poste depuis quinze ans. Rencontre.

Le Courrier : Comment se passe votre intégration ?
Anne-Laure Emmenegger :Je me suis intégrée de manière très naturelle. J’ai vraiment beaucoup de plaisir à travailler avec les équipes en place et notre collaboration s’est construite avec facilité. Cette fluidité est un indicateur fort du bon climat de travail et du bon fonctionnement de l’établissement. Evidemment, je n’ai pas encore la connaissance approfondie de toutes les situations particulières d’élèves, mais je m’appuie sur le conseil de direction de l’établissement, qui connait parfaitement le fonctionnement de l’école et dont les doyennes et doyens sont en lien avec les élèves et les familles depuis longtemps. Autrement dit, même si le directeur a changé, la direction dans son ensemble reste. Et cette stabilité est un atout majeur pour assurer la continuité et maintenir la confiance de tous les acteurs.
LC : Comment abordez-vous la relation à créer avec les parents d’élèves ?
A-L E. : L’école est un lieu hautement émotionnel où les enjeux sont majeurs. Je cherche donc à construire une relation de confiance avec les parents pour qu’ils puissent retrouver le lien qu’ils partageaient avec mon prédécesseur, en poste durant quinze ans. Je comprends à quel point ce changement peut être difficile pour les familles. J’essaie donc de prendre le temps de soigner les premières prises de contact, même si ce début de mandat est forcément très chargé.
LC : Au-delà de la continuité que vous valorisez, quelle est la première pierre que vous souhaitez poser pour l’avenir de l’EPS Lavaux ?
A-L E. : Je n’ai pas de plan préétabli. J’aime mettre en place de nouveaux projets, mais je suis encore plus attachée à l’idée de prendre le temps de définir collectivement, avec le corps enseignant et l’ensemble des partenaires de l’école, les valeurs et la vision qui porteront l’institution. Pourquoi ? Parce que ces valeurs communes serviront de guide quand il faudra prendre des décisions difficiles. C’est un travail de fond essentiel pour apporter de la clarté et de la transparence à nos actes. Il participera aussi, je pense, à renforcer le sentiment d’appartenance à l’EPS Lavaux, malgré son éparpillement géographique.
LC : C’est-à-dire ?
A-L E. : Notre établissement, de 1191 élèves et 159 enseignants et assistantes à l’intégration actuellement, est fragmenté sur cinq communes (Bourg-en-Lavaux, Saint-Saphorin, Rivaz, Puidoux et Chexbres). C’est bien sûr une richesse, mais cela complexifie autant la logistique que les échanges entre les enseignants des différents bâtiments. En définissant ensemble là où nous allons et comment, et en partageant nos expériences plus régulièrement, nous réussirons à nous sentir unis, malgré les kilomètres qui nous séparent.
LC: Vous l’avez dit : l’établissement s’étend sur cinq communes. Les municipalités ont-elles une influence sur le programme scolaire ou peuvent-elles porter des projets spécifiques ?
A-L E. : Les communes n’ont pas de marge de manœuvre directe sur le programme, car nous devons respecter un cadre légal strict. La clé de notre collaboration réside dans l’échange des besoins de chaque territoire. Nous avons, par exemple, une personne du conseil de direction qui fait le lien avec l’association Lavaux Patrimoine mondial. L’école ne doit pas être une tour d’ivoire, mais s’intégrer dans des réalités très locales. Les communes sont des partenaires précieux qui nous soutiennent dans de nombreux projets, nous avons de la chance.
LC : L’intelligence artificielle prend de plus en plus d’espace. Comment l’EPS Lavaux aborde-t-il ce sujet ?
A-L E. : Le département a mis en place une plateforme dédiée aux enseignantes et enseignants. Celle-ci cadre le recours à l’intelligence artificielle tout en donnant des outils pour l’utiliser de manière positive. C’est une double approche que je trouve très pertinente et qui coïncide avec la mienne : l’IA ne doit pas être vue comme un monstre, mais comme un outil à maîtriser. Elle doit faire partie de l’éducation aux médias au sens large. En ce sens, des formations et des activités sont en cours de préparation. Il faut arriver à armer nos jeunes contre la désinformation et l’addiction des algorithmes, tout en développant leur pensée critique. Le défi est important.
LC: On entend souvent que la pression sur l’école augmente : on attend d’elle qu’elle inculque l’orthographe, des compétences psychosociales, prenne l’IA à bras le corps, soit à la pointe en matière de prévention, etc. Qu’en pensez-vous ?
A-L E. : Je ne sais pas si c’est la pression sur l’école qui augmente, ou si ce sont les inquiétudes de la société qui se transforment en nouveaux mandats. Ceux-ci sont toujours légitimes, mais la grille horaire n’est pas extensible à l’infini. De quoi les élèves ont-ils besoin pour s’insérer dans la société ? Quelles sont les demandes des communes ou du canton ? Quels sont nos constats du terrain ? A un moment donné, il faut se poser ces questions et définir des priorités.
Biographie
2002
préside le club Blonay Basket, alors en difficulté financière, durant quatre ans. Une expérience hautement formatrice dont elle se souvient encore
2004
obtient sa licence universitaire en lettres, suivi un an plus tard d’un diplôme en enseignement pour les degrés secondaires 1 et 2 en 2005
2011
s’investit au sein du Conseil communal de Blonay dans le groupement des indépendants
2017
obtient un CAS de praticienne formatrice
2018
devient doyenne dans l’Etablissement scolaire de Blonay-St-Légier
2023
prend un congé sabbatique de trois mois pour aller explorer les écoles du Québec
2024
obtient un CAS en administration et gestion d’institution de formations durant lequel elle travaille sur la conception d’une stratégie d’établissement
2026
reprend la tête de l’EPS Lavaux
Questionnaire de Proust
Quel est votre livre de chevet ?
Je n’ai pas un livre, mais une pile, car j’aime alterner entre les récits légers, ceux plus profonds et les essais en fonction de mon humeur et de ma fatigue. En voici deux qui me tiennent particulièrement à cœur : « Dialogue sur notre nature humaine, l’unité dans la diversité » d’Edgar Morin et Boris Cyrulnik, ainsi que « Les Huit Montagnes » de Paolo Cognetti qui me fait parcourir les montagnes du Val d’Aoste même dans ces temps chargés.
Quel trait de caractère appréciez-vous le plus chez un ou une enseignante ?
L’ouverture d’esprit, parce que notre métier requiert une bonne part de créativité.
Et chez un ou une élève ?
Le dialogue. On peut régler beaucoup de choses en communiquant.
Une devise personnelle ?
Faire un pas de recul et oser agir autrement.
Si vous aviez un super-pouvoir (en lien avec l’école) ?
Faire en sorte que tout le monde ait confiance. Et je pense que par la transparence, qui est l’une de mes valeurs les plus importantes, on peut tendre vers cet objectif.



