Deux initiatives pétries de bon sentiment, mais…

Le 25 septembre prochain, le peuple suisse devra à nouveau se prononcer sur deux initiatives qui veulent remettre en question un système suisse, qui fonctionne bien et que le monde entier nous envie.

La première initiative, «Economie verte», souhaite une économie durable et fondée sur une gestion efficiente des ressources. Une telle volonté ne peut que susciter la sympathie. Tout le monde souhaite une meilleure utilisation des ressources, une limitation des déchets et une préservation de notre environnement pour les générations futures. Les choses se gâtent quand on examine concrètement les propositions du Parti écologiste, et notamment l’article proposé dans les dispositions transitoires de la Constitution: «L’empreinte écologique de la Suisse est réduite d’ici à 2050 de manière que, extrapolée à la population mondiale, elle ne dépasse pas un équivalent planète.» En français courant, cela signifie que notre pays doit diviser par trois sa consommation de ressources naturelles dans les 34 prochaines années. Réduire de 2/3 la consommation d’énergies, de métaux, de matériaux de construction et d’une large partie de nos aliments. Certains parlent d’une initiative pire qu’Ecopop; on n’en est pas loin. Alors même que la Suisse figure déjà régulièrement en tête des classements internationaux relatifs au développement durable, le Conseil fédéral relève qu’il devrait prendre des mesures radicales supplémentaires (taxes, réglementation, interdictions), avec des incidences négatives sur la compétitivité, la croissance et l’emploi. A l’heure où de nombreux nuages s’amoncellent au-dessus de notre pays, une telle potion écologique serait désastreuse. Il faut voter NON à cette initiative excessive des Verts.

Lancée par l’Union syndicale suisse (USS), l’initiative «AVSplus» ne se cache pas derrière des concepts aussi brumeux. Elle réclame simplement une augmentation de 10% de toutes les rentes AVS, une hausse qui s’adressera à tout le monde, des plus riches aux plus modestes. Ces derniers n’en verront toutefois pas grand-chose, car la hausse viendra en déduction de leurs prestations complémentaires, avec le risque de perdre en outre certaines aides (logement, assurance-maladie, Billag, etc.). Le risque principal de cette initiative réside toutefois dans ses conséquences financières. En 2014, et pour la première fois de son histoire, l’AVS a dépensé plus qu’elle n’a encaissé. Avec le vieillissement de la population, la proportion de rentiers AVS augmente plus vite que celle des travailleurs cotisants, d’où un problème structurel qui va s’accentuer avec les années et provoquer une perte de l’ordre de 7,5 milliards de francs à l’horizon 2030. Or, l’acceptation de l’initiative AVSplus obligerait à trouver chaque année un financement supplémentaire de 5,5 milliards de francs d’ici 2030. C’est simplement impossible. Afin d’assurer la pérennité de l’AVS, d’épargner les rentiers et de préserver les cotisants, il est nécessaire de repenser le système par une réforme structurelle totale – le projet Prévoyance 2020 actuellement en cours de traitement au Parlement fédéral – et non par une augmentation forfaitaire des rentes qui ne résoudra pas le problème de fond. Il faut voter NON à l’Initiative AVSplus.

Guy-Philippe Bolay, député, Lutry