« Soul », de Peter Docter: la vie comme partition

Sur un fond sonore proche de la cacophonie, Soul débute sur l’image d’un professeur de musique tentant tant bien que mal de transmettre sa passion du jazz à des adolescents. Celui qui s’illustre d’abord en émetteur de savoir se transformera ensuite en récepteur, par un savant jeu de renversement.

Un manifeste sur les passions

Charlyne Genoud | Le protagoniste de Soul Bob Gardner (Omar Sy) est un passionné de jazz. Emu, il conte à ses élèves ses premiers pas dans un club de jazz avec son père, instant premier où il s’est décidé à « apprendre ce langage ». Désormais à l’aise avec ce dernier, il est cependant incompris par son entourage et s’isole dans la musique en rêvant à une grande carrière qui le tirerait de sa décevante vie d’enseignant. Mais alors que la gloire approche, un véhicule le renverse et l’envoie dans le monde d’après. Contre toute attente, ce film d’animation se fera dès lors réflexion sur ce qui anime la vie humaine, véhiculant un message singulier. Surprise à la clé de Soul : le long-métrage d’animation n’est pas une apologie de la passion pour la musique, qui est même traitée à un moment du film d’« obsession » ! Le film interroge ainsi le sens d’une vie axée exclusivement sur un domaine, en illustrant la passion comme moyen et non comme fin. Réel renversement pour le spectateur s’il s’attend à un périple d’artiste tentant d’échapper au métro-boulot-dodo par la musique, puisque tel est à priori l’idée de Bob Gardner qui dit « quand je serai sur scène ce soir, j’échapperai à cette triste réalité ». Mais Soul n’est pas le parcours classique d’un homme voulant réaliser son rêve, mais celui d’un chemin hors du rêve pour faire de la réalité son idylle. 

Des hippies pour sauver le jazz

Suite à une évasion du tunnel de la mort, Bob Gardner arrive dans le Grand-Avant, lieu où l’on conçoit les personnalités des âmes pas encore nées. Dans cet espace que l’on nomme aussi le Qui suis-je, Bob Gardner est pris à tort pour un mentor et doit de ce fait aider 22 (Camille Cottin), une âme pas encore née, à trouver « sa flamme », bouillonnement qui animera sa vie humaine. Cette flamme sera le lieu d’un quiproquo, et ainsi d’une réflexion sur ce qui anime nos vies terrestres. Soul offre dès lors une jolie problématisation du sujet en en montrant les enjeux. Jolie, parce que le film est mû par une animation fascinante et volumineuse, rythmée et drôle aussi par moments, comme lorsque des hippies débarquent d’un navire aux voiles tie and dye pour sauver le jazzman !

Du sens à nos sens

Les petites rues de Brooklyn forment le décor terrestre du film, dans lequel sont représentées les habitudes culturelles du pianiste. Capitale américaine du jazz, le réalisateur voulait que le cadre spatial soit reconnaissable. A ce titre, un Barber shop a été pensé par Pete Docter comme le lieu de partage par excellence de la communauté afro-américaine. Dans ce décor, 22 découvre la vie et en donne un spectacle captivant, redonnant du sens à nos cinq sens. On recouvre par exemple avec cette jeune âme le goût et l’odeur de la pizza, le toucher dans les rues étroites de New York, l’ouïe alors que 22 entend de la musique dans le métro, et évidemment la vue, grâce aux soins porté aux images. C’est ainsi que la plus belle mélodie du film survient lorsque la partition est remplacée par des petits objets du quotidien.

Disney plus

Soul, réalisé par Pete Docter après le succès de Là-Haut (2009), et Vice-Versa (2015) est sorti le 25 décembre sur Disney Plus; un cadeau de Noël bien nécessaire en ces temps troubles. La plateforme propose un catalogue inépuisable de films exclusifs produits par Disney, Pixar, Marvel Star Wars et National Geographic. Une fonction GroupWatch permet aussi de regarder un film à plusieurs à distance, pour simuler une séance commune. Des classiques Disney aux réactualisations récentes, la plateforme de streaming en ligne propose toutes sortes de contenus de qualité. C.G.

Soul, Pete Docter, 2020.100’. A voir sur Disney+.

Le Barber shop, dans lequel les clients ne se font pas coiffer devant un miroir
mais face aux autres clients, engageant dès lors la conversation