Cinéma – Siri Hustvedt – Dance around the Self, de Sabine Lidl

Gaëlle Baechtold | Aussi intime que poignant, le documentaire Siri Hustvedt – Dance Around the Self de la réalisatrice et scénariste allemande Sabine Lidl accompagne, durant près de deux heures, la célèbre écrivaine éponyme à travers le récit de sa vie. A l’instar de son précédent documentaire Paul Auster – What if ? sur l’écrivain et mari de Siri Hustvedt, Sabine Lidl parvient une nouvelle fois à dresser admirablement le portrait de son sujet sous toutes ses facettes – écrivaine mais également femme, épouse, sœur et fille. Le documentaire s’ouvre sur le récit de la jeune Siri Hustvedt – avide de savoir et d’inspiration – quittant la tranquillité de sa ville natale pour rejoindre le rythme et l’intensité de la fameuse « Big Apple », New York, en quête du protagoniste de son premier roman. Pourtant, Sabine Lidl ne se contente pas de réciter la carrière de l’écrivaine : elle creuse aussi les thèmes de ses livres, comme la reconnaissance des femmes artistes ou encore les troubles neurologiques, offrant ainsi une véritable matière à réflexion pour le spectateur. Bien plus qu’une simple biographie, ce documentaire aborde des questions philosophiques actuelles qui animent Siri Hustvedt, tout en gardant un ton intime et un regard tendre sur sa vie privée.
Une voix pour les oubliés
Très rapidement, le spectateur comprend l’importance – pour Siri Hustvedt – de donner une voix à des figures du passé négligées. Ce thème, récurrent tout au long du film, se dessine comme une véritable quête : celle de servir de véhicule d’expression et de visibilité pour ces femmes artistes, trop souvent oubliées. Elle décrit notamment longuement l’un des personnages de son livre Souvenirs de l’avenir, publié en 2019, surnommé la Baronne – inspirée de la Baronne Elsa von Freytag-Loringhoven, artiste allemande du début du 20ème siècle – qui devient en quelque sorte symbole de ce combat au fil du documentaire, lequel se clôture d’ailleurs sur un dessin animé de la Baronne. En convoquant des figures féminines aussi importantes que Louise Bourgeois ou Margaret Cavendish – auxquelles Siri Hustvedt s’est intéressée dans ses écrits, Sabine Lidl semble refléter et adopter à son tour le combat de l’écrivaine, étendant ainsi la visibilité accordée à ces femmes oubliées.
Accepter le mouvement perpétuel de la vie
Durant le film, le spectateur ne découvre pas seulement Siri Hustvedt en tant qu’écrivaine mais également en tant qu’épouse, fille et sœur, à travers de nombreux souvenirs remontant à son enfance. En revenant tendrement sur sa rencontre avec l’écrivain Paul Auster et leurs premières années de mariage, le documentaire établit petit à petit l’importance et l’intensité de cette relation, et laisse le spectateur se faufiler pour un instant dans l’intimité du couple, au fil de douces lectures de passages de leur livres respectifs, ou encore d’interactions spontanées et attendrissantes des deux écrivains au sein de leur maison à Brooklyn, New York. Face aux difficultés de santé de son époux, Siri Hustvedt explique devoir accepter le mouvement perpétuel et fluide de la vie, une manière lumineuse d’affronter les périodes compliquées de la vie en restant reconnaissante des beaux moments vécus. Cette philosophie se diffuse remarquablement jusqu’à la fin du documentaire, où le spectateur accompagne l’écrivaine dans une période de deuil difficile, qui lui sert de catalyseur pour la rédaction d’un nouveau livre.

Le documentaire Siri Hustvedt – Dance Around the Self de Sabine Lidl est au programme au cinéma d’Oron jusqu’à la fin du mois de juin 2026 et sera re-programmé cet automne dans la région (Chexbres et/ou Vevey).
Siri Hustvedt – Dance around the Self
Documentaire , Sabine Lidl, Allemagne, 2025, 110’, VOSTFR



