Cinéma – Plus large que le ciel
(Wider than the sky) de Valerio Jalongo

Gaëlle Baechtold | En 2027, Genève accueillera le cinquième sommet international de l’Intelligence Artificielle, soulignant une fois de plus, deux ans après sa sortie officielle, la pertinence du documentaire du réalisateur suisso-italien Valerio Jalongo, Wider than the sky – Plus large que le ciel. Pendant près d’une heure et demie, le spectateur se retrouve en équilibre entre méfiance et émerveillement, découvrant au travers de ce documentaire une pluralité d’univers singuliers qui interrogent tous la révolution de l’IA et ses implications politiques, éthiques et sociétales.
En donnant la parole à de nombreux acteurs internationaux issus de milieux concernés – des scientifiques de renom participant au Human Brain Project aux artistes pionniers de l’art génératif, comme Refik Anadol – Valerio Jalongo insuffle une perspective nouvelle sur ce que pourrait être l’avenir de l’IA au sein de notre société. Une vision optimiste, mêlant science, philosophie et art, presque un brin rêveuse.
Entre utopie et dystopie : à nous de choisir
La rapidité d’évolution de l’IA semble si difficile à appréhender pour l’être humain qu’elle engendre naturellement la méfiance. Cette vision dystopique d’un futur dépassé par les machines est omniprésente dans l’imaginaire collectif. Pourtant, à travers la beauté de ses images autant que la richesse des regards scientifiques et artistiques qu’il réunit, Valerio Jalongo parvient à émerveiller le spectateur et ainsi l’amener vers une tout autre conclusion : et si l’IA, utilisée à bon escient, nous permettait au contraire de bâtir une société meilleure ? Telle est la question teintée d’espoir que semble porter le documentaire, en définissant les contours d’une démocratie plus équitable, et de rapports à la créativité et au savoir profondément redéfinis. Toutefois, sans pour autant tomber dans un optimisme naïf, Valerio Jalongo rappelle qu’il ne s’agit que d’hypothèses conditionnées par l’usage que l’humanité fera de cet instrument. Il convient par ailleurs de noter que certaines questions éthiques fondamentales – à commencer par l’impact écologique de l’IA – restent absentes du documentaire, et mériteraient d’être pleinement intégrées à toute réflexion sérieuse à ce propos.
La complexité de l’être humain
La narration du documentaire emprunte la voix d’Ameca – robot humanoïde conçu par la start-up Engineered Arts – qui se questionne d’emblée sur son identité et sa capacité à ressentir des émotions à l’instar des êtres humains. Plusieurs scientifiques et neuroscientifiques du Human Brain Project et de l’ETH Zürich dialoguent alors autour de ces interrogations, explorant aussi bien l’origine de la conscience humaine que la complexité encore insaisissable du cerveau. Un thème qui semble cher au réalisateur, en quelque sorte déjà présent dans son documentaire Le sens de la beauté (2017) où des scientifiques du CERN tentent de percer l’origine de la vie. Cette fois, il y ajoute une dimension supplémentaire : la complexité de l’IA, que nous peinons nous-mêmes à comprendre, ne la rapprocherait-elle pas, finalement, du fonctionnement de notre propre cerveau ? Et pourrait-elle, un jour, développer une véritable conscience ?
L’art dans la technologie pour un monde meilleur
L’importance accordée à l’art par le réalisateur incarne l’espoir qu’il cherche à apporter au spectateur, avec une touche profondément poétique. Dès le titre – emprunté à un fameux poème d’Emily Dickinson – jusqu’aux chorégraphies de danse contemporaine de Sasha Waltz, cette ode à l’art propage sublimement chez le spectateur la vision de Valerio Jalongo sur l’IA. Car pour lui, l’IA, création humaine, bénéficierait à être envisagée sous un prisme davantage artistique, même si nos systèmes juridiques peinent encore à protéger les œuvres d’art créées par l’IA, comme en témoigne une récente décision d’un tribunal allemand. Comme il le dit lui-même à propos de son film, l’IA rassemble la connaissance collective de l’esprit humain et mériterait peut-être d’être renommée « intelligence collective ».
Plus large que le ciel
Wider Than the Sky
Documentaire, Valerio Jalongo,
Suisse/Italie, 2025, 83’, VO st fr
Sortie en salle en avril 2025




