Cinéma – Les merveilleux films suisses

Sortie le 19 juin – Au cinéma d’Oron les 23, 24 et 25 juin

Charlyne Genoud | Vendredi passé, le prix du cinéma suisse s’est tenu exclusivement en ligne, enregistré depuis les studios de la RTS à Genève. Les nominé.e.s étaient présents par visioconférence.

Véronique Reymond et Stéphanie Chuat, réalisatrices de Schwesterlein

Schwesterlein en fond sonore

Cette année, Brahms semble avoir murmuré aux oreilles du jury du Prix du cinéma suisse. « Schwesterlein, Schwesterlein, wann geh’n wir nach Haus ? » (Petite sœur, petite sœur, quand rentrons-nous à la maison ?) nous dit le lieder du compositeur. Le film homonyme de la pièce de Brahms, qui la compte d’ailleurs dans sa bande originale, a en effet raflé cinq prix sur les douze du palmarès. Tout comme la petite soeur de la musique, le film n’est donc pas prêt de rentrer dormir ! Et le parallèle avec la musique semble d’autant plus prégnant que la fête décrite dans les paroles de Brahms se retrouve à l’écran lors de la cérémonie : Stéphanie Chuat et Véronique Reymond semblaient festoyer avec la foule qui envahit leur arrière-plan de visioconférence à l’annonce, en fin de soirée, de leur gain du prix du meilleur film de fiction. Après la montée d’émotion, Stéphanie Chuat prend la parole : « Le cinéma est un art collectif (…) la culture n’est pas un produit de luxe ! » scande-t-elle. Des propos pleins de bon sens, comme ceux que l’on retrouve dans les films qu’elle co-réalise.

Les merveilleux films suisses

L’accès à la culture dont parle la Vaudoise semble d’ailleurs avoir été thématisé par la forme même qu’a pris la cérémonie cette année, puisqu’elle a eu lieu en ligne uniquement. Le paradoxe que nous évoquions en août 2020 concernant le festival de Locarno s’applique aussi au Prix du cinéma suisse. L’impossibilité de se retrouver physiquement entre professionnels de la branche induit en effet une forme de nivellement ; sans public de chair et d’os, les spectateurs sont plus nombreux car tout le monde peut voir la remise de prix. Une consolation donc en cette dure période, que l’accessibilité élargie à ce sinon exclusif, prix du cinéma suisse, un événement crucial pour les « merveilleux films suisses » comme les nomme Lilo Pulver, lauréate cette année du Prix d’honneur de l’Académie pour sa longue et belle carrière.

Primer les oublié.e.s

Si la remise des quartz a été plus accessible qu’à son habitude, il semble aussi que toute une partie de métiers oubliés de la branche ont pu être mis sur le devant de la scène par le biais de l‘évènement. Depuis 2014, l’Académie remet en effet des prix aux professionnel.le.s du montage et des costumes, des arts souvent évincés par la large place qu’occupe le nom des réalisateurs et des réalisatrices dans la promotion d’un film. Des formats moins mis en avant comme les films de diplômes, les court-métrages et les films d’animation font aussi l’objet d’une récompense. La remise d’un prix, cette année, au meilleur court-métrage semblait d’ailleurs particulièrement importante au vu du scandale qu’a provoqué son annulation l’année passée. Pro-shorts avait manifesté à Soleure pour soutenir les petits formats, qui sont souvent synonymes de porte d’entrée dans la sphère pour les jeunes réalisateurs et réalisatrices.

Comique helvétique

Le tout s’est déroulé dans une drôle d’ambiance tripolaire toute helvétique : des intervenants qui jonglent d’une langue à l’autre et font même des jeux de mots bilingues. Un trilinguisme cryptant qui rythme les nonante minutes de cérémonie, en ne laissant personne sur la bas côté – sauf les romanches. Le comique de la situation tenait aussi aux interventions des nominés par visioconférence. Parfois communiquant d’un écran à l’autre sous l’œil amusé des intervenants présents physiquement, se jouant à d’autres instants ostensiblement du cadrage de leur espace domestique, les nominé.e.s ont fait leur cinéma ! Un élément que souligne d’ailleurs Peter Bräker, détenteur du prix du meilleur son, qui apparaît la tête à moitié hors-champ : « ich bin mehr Ton als Kamera » (Je suis plus son que caméra). Il enchaîne sur la liberté totale laissée par Thomas Imbach pour son travail sur le chef-d’œuvre sonore qu’est Nemesis.