Cinéma – Des nouvelles de notre époque au FIFF
Fidèle à sa tradition, le Festival international de Fribourg a pris le pouls du monde et a célébré des récits venus du monde entier. Il a ainsi fait de la Suisse, pendant une dizaine de jours, un lieu de consécration du cinéma international. Retours sur quelques films qui ont su se distinguer dans la belle sélection de cette édition.

Romane Demidoff | La guerre semblait hanter les esprits tant elle imprimait sa patte sur les longs et les court-métrages sélectionnés cette année. A ce titre, Honeymoon, réalisé par la jeune cinéaste Zhanna Ozirna, huis clos mettant en scène l’attente fiévreuse d’un couple enfermé dans son appartement suite à l’invasion russe, a su remporter tous les suffrages, puisqu’il s’est agi du seul film récompensé à deux reprises. Est-ce un hasard ? Le parti pris de Zhanna Ozirna qui consistait à représenter non pas la guerre mais davantage son bruit et ses conséquences semblait être celui de nombreux cinéastes.
Le conflit apparaissait systématiquement de manière sourde, hors-champs et hors de la zone de maitrise des personnages. Même constat du côté de la sélection de court-métrage : Curfew, de la jeune réalisatrice ukrainienne Yelyzaveta Toptyhina racontait avec délicatesse la romance naissante entre deux inconnus forcés à se confiner ensemble, l’heure du couvre feu dépassée. White Flag, le récit contenu et maitrisé du cinéaste kurde Parviz Rostami cartographiait ainsi les conséquences du conflit sur les paysages et les traditions de sa région. Cependant, la guerre apparaissait de manière plus explicite dans le court-métrage Easter days, réalisé par Mykola Zasieiev, qui racontait le quotidien kafkaïen de deux officiers de l’armée qui tentait avec plus ou moins de succès de recruter de jeunes ukrainiens pour partir à la guerre.
Le FIFF s’est également illustré par la mise en avant de récits plus ludiques, qui traitaient de sujets sensibles avec fantaisie, humour et même réalisme magique. The Narrator, la fable de l’Iranien Mohammed Paydar mettait en exergue de manière ludique le poids de la mise en récit, en mettant un narrateur en crise dans sa propre histoire. Gills, du Philippin Daniel de la Cruz racontait avec facétie la relation entre un jeune garçon et sa grand-mère. Déployant un formalisme qui pourrait nous évoquer celui d’un certain Wes Anderson, le cinéaste créait ainsi une fable éco-poétique touchante sur le lien de l’humain à la nature, mais aussi à la mort. De la même manière, le troublant Sammi, Who Can Detach His Body Parts racontait le récit d’une mère qui suite au décès de son fils tentait de reconstituer son corps démembré par un étrange sort, filant ainsi la belle idée que nous laissant des parts de nous à tous ceux que l’on aime. La relation mère-fille était également au cœur d’Upon Sunrise, le film du serbe Stefan Ivancic, court-métrage tourné en 35 mm qui racontait le quotidien difficile d’une mère et de son fils en Serbie a ainsi été récompensé d’un prix.
Enfin, le FIFF a aussi proposé à son public une belle sélection de films de rétrospective, à commencer par le chef d’œuvre d’Abbas Kiarostami, Close Up, que les spectateurs et spectatrices ont eu la chance d’admirer sur grand écran. Les récits tunisiens n’étaient pas en reste puisque le très beau récit d’apprentissage aux accents rohmériens, Sous les figues (2021), réalisé par Erige Sehiri (et co-produit en Suisse) a également pu être visionné, dans la séléction de Kaouther Ben Hania, réalisatrice célébrée par un prix spécial lors de cette édition.
Bref. Comment va le monde ? Peut-être si bien. Et le cinéma ? Sans doute mieux. Oui : par le biais de cette sélection, le FIFF a su répondre aux exigences de son public, en lui proposant d’une part une sélection exigeante, riche et variée, et d’autre part, en lui rappelant la vocation première du cinéma : donner des nouvelles de son époque.


