Cinéma – A Fox Under a Pink Moon

Le week-end dernier avait lieu le Human Rights Film Festival à Zurich, où était présenté «A Fox Under a Pink Moon» de Mehrdad Oskouei et Soraya Akhlagi. La jeune réalisatrice afghane narre via la caméra de son téléphone son terrible quotidien en Iran, et comment elle tente de fuir pour rejoindre sa mère en Autriche. Tourné sur cinq ans au moyen d’un samsung, le documentaire est bouleversant tout en brossant un portrait très digne de cette jeune femme.
Le cycle infernal de la migration
F ace à la caméra frontale de son téléphone portable, Soraya s’adresse au réalisateur qui l’a prise sous son aile après une brève rencontre dans l’atelier d’un sculpteur à Téhéran. En animation sur son épaule, un renard l’accompagne de temps à autres lors de ces missives vidéos. Soraya raconte son quotidien, explique comment fonctionnent les «jeux», un surnom donné par celles.eux qui les pratiquent aux essais de passer la frontière de la Turquie vers la Grèce. Pour cette jeune afghane, la vie est rythmée par ces tentatives sans cesse malencontreusement avortées de fuite. On la voit préparer son bagage, s’entasser dans une voiture trop pleine, descendre de cette embarcation qui n’arrête pas d’avoir des problèmes techniques, se cacher et attendre, manger des plats qui la dégoûtent et rentrer chez elle en attendant que se présente une nouvelle occasion de partir. Le cycle infernal dans lequel elle risque sa vie se poursuit à de nombreuses reprises. Cette récurrence, relayée par le film qui construit sa narration autour, souligne l’ampleur qu’ont ces tentatives dans la vie de celles et de ceux qui essaient de fuir.
Le clown, le renard et la lune
Au-delà de cette quête cyclique qui donne sa forme au film, Soraya raconte son quotidien en des plans maîtrisés. On y découvre avec effroi son mari violent et son quotidien de survie, adouci par ses pratiques artistiques variées: Soraya chante, sculpte et dessine surtout d’incroyables œuvres au crayon de couleur, qui l’extraient dans sa vie et dans le film de sa condition. Par le relai d’autres aspects de sa personne que ses souffrances, le film brosse un portrait digne et salutaire de cette jeune femme qui parvient à grandir malgré la rudesse de sa vie. Soraya évoque en voix-over la figure d’un clown qui évoluerait en elle. Le clown, c’est celui qui fait comme si de rien n’était. Si Soraya se reconnait dans cette figure, c’est que sa situation la force à faire de même. Cet aspect que le long-métrage place en son centre octroie à cette histoire une forme de résonance qui fait de Soraya la poétesse de sa propre vie et empêche le film de la réduire à son statut de victime. Sans gommer cet aspect, «A Fox Under a Pink Moon» combine les métaphores pour représenter un vécu sensible d’un itinéraire de vie terrible. Pour traverser l’intraversable, Soraya peut donc compter sur des figures qui la rassurent et qu’elle s’est créée elle-même: un renard et une lune. Ces symboles dont elle parle en voix-over sont comme les marques de sa résilience, à laquelle le film rend hommage en rendant ces éléments tangibles. En animation sur les images brutes du téléphone portable de Soraya, ils font apparaitre ce qui est sinon invisible: ce qui emplit la tête de la jeune femme pour l’aider à survivre.
Une réalisation de l’ordre du miracle
«A Fox Under A Pink Moon» a été tourné durant cinq ans avec un samsung par la protagoniste du film, épaulée à distance par le réalisateur Mehrdad Oskouei, dans un contexte mettant à rude épreuve la création d’un film : outre les périlleuses tentatives de migration, le mari violent de Soraya n’a de cesse d’intercepter son téléphone pour supprimer les traces de ses crimes. Mais Soraya, du haut de ses dix-sept ans, rusée comme le renard qui l’épaule, parvient à signer en cachette l’image d’un film primé l’année passée au festival international du film documentaire d’Amsterdam.
A Fox Under a Pink Moon
de Mehrdad Oskouei & Soraya Akhlagh,
Iran / France / Royaume-Uni /
Etats-Unis / Danemark
2025, 77’, Vo persan, dari, turc, St. fr.


