“Julie en 12 chapitres”
La vingtaine, le poids de la liberté

« Julie en 12 chapitres » de Joachim Trier
Charlyne Genoud | Après « Oslo, 31 août » et « Nouvelle Donne », Joachim Trier met le point final à sa trilogie d’Oslo en explorant la ville aux côtés de Julie, en 12 chapitres. Au cinéma d’Oron depuis la semaine passée.
Prologue
Pour nous présenter Julie en un prologue économique, Joachim Trier a malheureusement engagé une voix over plutôt agaçante, prêtant sa voix à une narration très économe. Au début, forte de mes lectures de critiques plutôt négatives depuis Cannes au sujet de ce film qui y a fait sa première, Julie en 12 chapitres ne me convainc pas du tout. Tout va très vite. Sont résumés cinq ans de vie en un prologue de cinq minutes. Julie va avoir trente ans. Elle est l’emblème de la jeune génération libre de tout essayer, mais aussi libre de se perdre sans pouvoir se retrouver. Julie est la fille d’une époque qui a hurlé « il est interdit d’interdire », et elle a tout pour réussir.
Le temps de Julie
Son évolution filmique est orchestrée en chapitres aux titres ludique. Dans Infidélité, le chapitre 2, Julie sniffe et mord un jeune homme qu’elle rencontre à un mariage auquel elle n’est pas invitée. Pas à pas chercher les limites, frôler le pathétique dans cette scène originale. Le temps d’une nuit, Julie vit une autre histoire d’amour, sans « infidélité » mais aussi sans connaître le nom de celui qu’elle aime. A l’écran, la nuit a duré autant de temps que son couple. Les chapitres à longueurs variables s’enchaînent, et Julie et ses plusieurs visages nous deviennent sympathique.
Choisir
C’est l’histoire d’un âge fait de prises de décision, de choix de direction. Magiquement mis en scène, cet aspect-là de la fin de la vingtaine se voit sublimé par une séquence au sein de laquelle Julie appuie sur un interrupteur, met le monde sur pause et se lance dans une aventure folle. Gambader dans Oslo, sans attache, pendant vingt-quatre heures. Car Julie hésite; le garçon sniffé au mariage, elle en est mordue. Et en même temps, son couple est le pan le plus stable de sa vie, malheureusement. Car petit cliché de genre au passage : il est pragmatique, elle est sans dessus dessous. Tous deux forment un couple profondément touchant, et ce même après leur rupture, lorsqu’ils parlent de « parler comme nous on se parlait ». A eux deux, ils rappellent au public de Julie en 12 chapitres que l’on est toutes et tous le disque dur des souvenirs d’un.e autre : « je sais sûrement des choses que toi tu as oublié, et ces choses disparaîtront avec moi ». L’interdépendance dans le souvenir. Des hauts et des bas, la vie de la vingtaine, Julie en 12 chapitres est une jolie description de cette sortie de l’adolescence que chacun de nous vit, et fait durer plus ou moins longtemps. Ce moment où tout est encore possible, ce moment où la liberté galvanise, mais parfois aussi, pèse.
« Julie en 12 chapitres » de Joachim Trier, 2021 – A voir au cinéma d’Oron dimanche 24 et lundi 25 octobre



