Chexbres – Ida Légeret, une vie en fanfare !

Oui! «Le bonheur est dans le pré! Cours-y vite! Il va filer!»

Pierre Dominique Scheder | Madame Légeret porte le  prénom légendaire d’Ida. En effet, tout bon village qui se respecte a sa «tante Ida!» Elle, elle est née dans la ferme de ses parents à Chexbres un 22 décembre 1929, à l’époque où on allait chercher la sage-femme avec le traîneau tiré par la fidèle jument. Un temps où l’on parlait encore à l’oreille des chevaux: «Hue Diane… doucement, Ho!» Madame Ida est toute imprégnée de cette culture champêtre si peu reconnue par le système éducatif : « Je n’ai fait que l’école primaire ! » s’excuse-t-elle avant de nous conter tout un véritable savoir dont nos docteurs honoris causette devraient prendre de la graine. Ida a gardé les vaches, « au regard si noble », aidé aux travaux des champs, du ménage et de la basse-cour. De là, elle a tiré une vraie sagesse digne des plus grands savants. Ce qui ne l’a quand même pas empêchée un jour de manger du fruit défendu: les cerises bigarreaux réservées à la vente au marché. « Gare à la maraude ! » prévenait le père. Et voici la malheureuse qui tomba de la branche et se foula le poignet. « Aïe mes aïeux ! L’engueulée, le soir au souper ! »  La famille est passionnée de musique. C’est d’ailleurs au son d’un orchestre qu’Ida remarqua enfin son mari Jean, le cantonnier. Enfin, car «déjà à l’école, il me courait après!» Vers ses vingt ans, Ida travaillait dans une boîte d’électricité à Berne où elle soudait des fils de téléphone. Alors qu’elle rentrait pour le week-end, elle fut à peine débarquée aussitôt invitée à la soirée de la fanfare par son futur mari, mais non sans en avoir parlé au préalable au père de la jeune fille. Ce qui fut fait en allant donner à manger aux cochons les délicieuses lavures provenant du fameux hôtel Cécile. Les deux hommes s’entendirent immédiatement, leurs deux cœurs au diapason en cette famille de musiciens. Les deux tourtereaux se marièrent et adoptèrent peu après leur nièce Marianne qui fit une formation dans le commerce de détail. Elle est maintenant mariée et heureuse mère de famille. Puis, quelque vingt ans plus tard, surprise, naquit leur fils Pascal, musicien hors pair et directeur de fanfare réputé. Ida se souvient des grandes tablées les dimanches après-midis dans le pré où ça jouait, chantait discutait…  Oui! « Le bonheur est dans le pré! Cours-y vite ! Il va filer ! » Car voici les années septante et le bétonnage systématique du pays. L’autoroute avalait des milliers d’hectares de bonnes terres et de forêts et le terrain de la famille fut exproprié, la ferme démolie. Mais heureux bémol, les gamins allaient en tricycle sur l’autoroute en chantier inventant des jardins extraordinaires. Le couple bâtit une petite maison à côté de l’endroit sacrifié au progrès. «Voici votre «coquille!» dit le père. Le forgeron Naegele, de Chexbres, en fabriqua l’enseigne. «On est bien dans son coin. Le lac, les montagnes dont l’institutrice nous apprenait les noms. Je les retrouve maintenant avec bonheur sur les sets de table du tea-room Bidlingmeyer. J’ai eu beaucoup de malheurs mais tout de même une jolie vie. Comme l’horloge animée de la Palud, j’en retiens surtout les heures gaies! Avec ou sans pépins la vie est une belle histoire.» Cette affirmation est largement confirmée par votre beau sourire d’où éclate une vraie joie, quasi franciscaine! Bon anniversaire, Chère «tante» Ida! Non! Votre vie ne ment pas! Musique!