C’est à lire – D’ici et d’ailleurs

Abigail Seran – Editions Fictio

Monique Misiego | Léanne, devenue Léa, accepte, pour soulager sa mère qui désire prendre des vacances, de venir passer trois semaines dans l’appartement de son enfance. Accessoirement, elle devra rendre visite à un vieil oncle qui divague, ceci de façon quotidienne. Elle vivait seule à trois heures de là, dans un immense appartement avec tout le luxe qu’elle peut se payer avec son salaire de manager dans une grande entreprise. Sa vie est comme elle le voulait, elle a de l’argent, un job, est célibataire, fait ce qu’elle veut. Elle a une copine avec qui elle débrieffe selon les rencontres qu’elle fait. Copine qui a des enfants, ce qui la conforte dans sa position de femme indépendante. Elle peut voyager comme elle veut, partir à l’autre bout du monde quand elle l’entend. Sa mère vit seule, dans l’appartement qu’elles ont toujours occupé. Elle a un compagnon qui voudrait l’emmener en voyage. Mais elle a une contrainte qui l’en empêche. Elle rend visite tous les jours à son demi-frère dans un home pour personnes âgées. Elle demande à Léa de la remplacer, ce que bizarrement sa fille accepte. Léa s’installe dans l’appartement de sa mère, dans sa chambre d’adolescente, dans ce lit trop petit, cet appartement minuscule, cette vie bien rangée. Elle se demande pourquoi elle a accepté. Elle décide de mener sa mission jusqu’au bout puisqu’elle a promis. Elle rend visite à cet oncle dont elle se souvient très peu. Lui non plus ne se souvient pas d’elle, d’ailleurs il l’appelle par un autre prénom. Et commence à lui tenir des propos bizarres. Propos qu’elle décide d’élucider. Et se met dans la tête de reconstituer la vie d’avant de cet oncle qui a apparemment vécu dans un autre pays. Elle va petit à petit, avec l’aide d’une résidente, reconstituer la vie de cet homme cloué dans sa chaise et qui ne réagit plus beaucoup. Elle va l’assister dans ce long chemin vers la mort, lui rendant le parcours moins difficile car elle lui lit un de ses romans. Parallèlement à ces visites, elle va faire connaissance des voisins de sa mère, une femme seule et son fils. Puis d’autres personnes qui lui feront voir sa mère sous un autre angle. Elle va aussi tomber sous le charme du médecin de l’EMS qui n’est autre que le père d’une de ses camarades de classe. Je ne vais pas vous dérouler la fin, vous n’auriez plus envie de lire ce livre. Ce que je peux dire, c’est que c’est très joliment écrit. Que c’est doux, malgré une situation assez triste finalement. C’est émouvant mais pas triste. Que nous montre ce récit ? J’en ai retenu deux choses. C’est que derrière chaque personne âgée, chaque « vieux » qui meurt, il y a une vie souvent passionnante. Ou pas, peut-être une vie simple mais riche de rencontres, de petits bonheurs. Que chaque personne mérite à ce qu’on s’intéresse à son parcours. La deuxième chose, c’est que l’on ne peut oublier d’où l’on vient. Nos parents nous ont fait tels que nous sommes. Nous pouvons nous donner tous les airs que nous voulons, nous sommes ce que notre enfance a fait de nous. Vous l’aurez compris, j’ai adoré ce bouquin. Parce que c’est simple, doux, un peu romanesque sur la fin mais je n’en dirai pas plus. Il est inscrit dans les coups de cœur chez Payot, ce n’est pas un hasard. Je vous ai déjà parlé d’Abigail Seran, auteure romande, avec « Un autre jour, demain » et « Jardin d’été ». Ce roman est son sixième livre. Et certainement pas le dernier.

Pour plus de renseignements : www .abigailseran .com