Ces hommes de l’ombre qui éclairent nos routes

Luc Grandsimon | « Il neige ! Enfin ! » dirons la majeure partie d’entre nous, fervents adeptes de sports alpins et de batailles de boules de neige. Une euphorie populaire qui se déclenche dès les premiers flocons. C’est à ce moment qu’un ballet rondement huilé va démarrer pour les employés communaux de la voirie. Une danse souvent inconnue du grand public dont nous avons voulu connaître les pas. Nous sommes allés à la rencontre de ces « hommes de l’ombre » qui font tout pour que vous puissiez arriver à l’heure à votre travail ou à votre rendez-vous galant.

Le début du piquet
A Oron, ils sont sept employés communaux pour s’occuper de la blanche neige. Un travail qui demande une surveillance de chaque instant. Pour prendre l’exemple de cette saison, la permanence a commencé le 27 octobre 2014 et finira le 19 avril 2015. Chaque employé prendra une semaine complète, du lundi matin au dimanche soir, à tour de rôle, afin de pouvoir surveiller les éventuels chutes de neige.
« Les tours de garde commencent à 2h du matin. La personne de garde va regarder si la neige est tombée. S’il n’y a rien eu, elle fait tout de même le tour des routes communales pour s’assurer qu’il n’y a pas de mauvaises surprises. Ensuite elle revient et, suivant le temps, va ressortir pour ré-inspecter. Pour ce qui est de la décision de saler les routes, le tour de garde des routes débute à 4h. Généralement les début et fin du service hivernal sont plus gérables », nous explique Claude-Alain Perret de la voirie d’Oron.
Cela fait maintenant 15 ans qu’il est employé à la voirie et il apprécie toujours autant la neige. « Il ne faudrait pas faire ce métier si la neige nous dégoûte. De toutes façons, nous avons tout l’été pour oublier les mauvais moments de l’hiver. »

La danse des chasse-neige
Les tours de garde commencent donc à 2h du matin et, s’il a neigé ou s’il neige, le ballet peut commencer. « La personne de garde va appeler les employés communaux et les privés mandatés qui vont aider au déneigement. Parmi les privés, nous pouvons en citer plusieurs : l’entreprise « Crémat », Jacky Burgdorfer ainsi que l’entreprise « Corboz Transport » d’Oron-le-Châtel. Ces deux derniers travaillent aussi pour l’Etat de Vaud. Notre but est que les routes soient opérationnelles quand la population va aller travailler. Les machines se mettent en route à partir de 3h du matin. Bien sûr, si la neige tombe plus tard, nous sommes obligés de tout décaler les opérations. Il nous arrive d’ailleurs de ressortir dans la journée. »
C’est une opération de grande ampleur dont le responsable est l’homme de garde. Il doit bien réfléchir avant de lancer cette opération. Pour le salage, la tournée de garde démarre à 4h afin que les véhicules de salage, les épandeuses, partent à 5h. Il faut compter 2h à 2h30 pour saler. « Nous regardons les endroits les plus risqués comme ceux à l’ombre. Pour un souci d’écologie et d’économie, nous ne salons pas de façon préventive, ce qui renforce la responsabilité de la personne de garde. C’est la différence entre un traitement préventif (qui empêche la formation de la pellicule de glace) et un traitement curatif (après la formation de glace). Le sel n’est pas là pour faire fondre la glace mais pour éviter que le trafic la compacte et la rende glissante. Nous nous occupons des routes communales, c’est le canton qui s’occupe des routes cantonales. L’altitude des villages de la commune d’Oron varie entre 600 et 800 m. Une partie de la commune peut être enneigée et l’autre pas. »

Des ombres sur la neige
L’entreprise Crémat S.A., reliée à l’entreprise Sonnay S.A. du municipal Daniel Sonnay, fait partie des mandatés lors d’intervention de déneigement. « Nous avons trois chauffeurs et un remplaçant qui font un tournus, et cela depuis début 2014. Nous en sommes très contents. La motivation de ces gens de la voirie qui travaillent dans l’ombre est fantastique. Ils doivent faire face parfois à des contraintes imposées par certains propriétaires mais ils gardent toujours leur bonne humeur », nous confie Daniel Sonnay, municipal responsable des espaces verts, voirie, forêts, routes et de la promotion du territoire.
Ces contraintes sont parfois aberrantes. Prenons un exemple : le même jour, dans un même quartier, un résident va se plaindre du bruit de la déneigeuse qui vient accomplir son travail tôt le matin et un autre va râler que celle-ci est passée trop tard. Des exemples heureusement minoritaires mais qui font toujours un coup à la conscience professionnelle des employés de la voirie.
« Tout au long de l’année, la grande majeure partie de la population est reconnaissante et nous envoie des cartes de remerciements. Seule, une minorité est désagréable. Celle-ci ne se rend pas compte du travail effectué, car nous ne nous contentons pas de déneiger les routes, nous nous occupons aussi des trottoirs, de nettoyer les molochs, vider les poubelles. Le travail commence pour certains à 2h du matin pour se finir à 17h, week-ends compris. Des automobilistes aimeraient avoir des routes noires afin de pouvoir rouler à la même vitesse qu’en été. C’est impossible. Heureusement, c’est une minorité.
Lorsque nous avons fusionné le 1er janvier 2012, nous étions en plein milieu de l’hiver et chaque commune avait ses habitudes. Par exemple, seules les communes d’Oron, Palézieux et Châtillens avaient salé, car elles possédaient des véhicules communaux. Maintenant, même s’il reste de petites différences, nous avons gagné en efficacité. La Municipalité nous suit et marche main dans la main avec nous. Ils connaissent notre travail et l’apprécie, ce qui nous fait chaud au cœur. »