Certificat Covid : la restauration sous pression

Prise de température

Georges Pop | L’obligation de présenter un certificat sanitaire pour boire un café ou se restaurer, ainsi que le retour d’un temps maussade qui a entrainé, par moments, une désertion des terrasses, ont fortement contrarié la marche des affaires des restaurateurs de notre région.Tous ceux que notre rédaction a contacté disent avoir subi, la semaine dernière, une baisse substantielle de leur fréquentation. Les réactions vont de la contrariété à la résignation. Notre petit coup de sonde est forcément arbitraire et non exhaustif. Il témoigne, malgré tout, d’une situation et d’une inquiétude qui, à l’évidence, touchent toute la profession.

Les cafetiers-restaurateurs qui craignaient une baisse de la fréquentation de leurs établissements, après l’introduction obligatoire du certificat Covid, le 13 septembre dernier, ont vu malheureusement leurs craintes se confirmer. « Ça va très mal », s’exclame, par exemple, Fernando Riccio, le patron du restaurant-pizzeria Hôtel de Ville, située au cœur d’Oron-la Ville. « La semaine dernière, par rapport à la précédente, nous avons perdu plus de la moitié de notre clientèle. Le mauvais temps qui a prévalu certains jours est évidement mal tombé, lui aussi, avec des terrasses vides. Mais il est certain que la nouvelle obligation nous a privé d’une bonne partie de nos hôtes », souligne -t-il, manifestement dépité. Même son de cloche du côté de Mézières, au café-restaurant du Jorat, où le chef de service, Nexhip Sheqiri, constate, avec un certain fatalisme, une baisse de fréquentation de quelque soixante pour cent. « Il n’y a plus que les gens vaccinés qui viennent. Et encore ! Habituellement, à midi, nous servons une bonne cinquantaine de couverts, voire davantage. Jeudi dernier, nous en avons eu à peine une quinzaine. En revanche, il n’y a aucun problème lorsqu’on demande aux clients de nous montrer leur certificat. Avec ceux qui ont pris la décision de venir, ça se passe très bien », constate-t-il. Les joueuses et les joueurs de tennis étant souvent portés vers un rafraîchissement ou une petite croque après un match, on aurait pu penser que le restaurant-pizzeria Fair Play, qui assure la restauration du club de tennis de Puidoux, serait quelque peu épargné par cette vague de désaffection. Mais ce n’est pas le cas. « Le soir, près de la moitié de notre clientèle n’est plus là. La semaine dernière, nous sommes passés d’une centaine à une petite soixantaine de couverts. Même la terrasse était clairsemée, vendredi, alors que le soleil était de retour. Mais nos menus proposent un buffet de salades. Il faut donc montrer son certificat pour entrer et se servir. Ceci explique sans doute cela », observe Luigi Vota qui, habituellement, se dévoue avec un rare empressement au service de clients se succédant sans relâche. Près de lui, derrière le bar, sa collègue Sandrine Stuby s’empresse d’ajouter : « C’est vrai, nous avons moins de monde ! Mais il y a un aspect positif. Depuis qu’il faut montrer son certificat, il n’est plus nécessaire de porter un masque. Du coup, nous n’avons plus à supporter l’agressivité de certains clients mal lunés qui nous engueulaient parce que nous leur demandions de le mettre en entrant, avant de se mettre à table ». Non loin de là, chez Bruno, Davide et Giuseppe, les trois frères originaires de Calabre qui tiennent le restaurant du Nord, à Chexbres, l’ambiance est à la morosité. Le constat est le même que dans les autres établissements de la région : la fréquentation a chuté de moitié. Et pour couronner le tout, certains clients se sont montrés irascibles. « Lorsque j’ai demandé à l’un d’entre eux de me montrer son certificat et une pièce d’identité, il s’est vite énervé et m’a demandé, sur un ton agressif, si j’étais de la police », rapporte Davide, le plus jeune des trois, avant d’ajouter : « Je ne suis pas contre le certificat. Mais il aurait fallu que tous les commerces soient logés à la même enseigne, pas seulement les restaurants. Là, nous sommes pénalisés ». Les établissements du bord du lac offrant une vue imprenable sur les Alpes échappent-ils à ce tassement de la fréquentation ? Même pas ! Clarisse Gervot, maître d’hôtel à l’Auberge de Rivaz constate, elle aussi, le décrochage d’une bonne partie de sa clientèle. « Vendredi dernier, il faisait beau et nous avons ouvert la terrasse. D’ordinaire, le soir en fin de semaine, nous refusons du monde. En dépit du temps clément, nous avons eu deux fois moins de réservations que d’habitude. La veille et l’avant-veille ce fut encore pire ! », souligne-t-elle. Le chef Denis Velen, du très coté Guillaume Tell à Aran-Villette, n’a pas été épargné, lui-non plus. « J’ai eu passablement d’annulations de dernière minute. Parfois ce sont des groupes qui apprennent que l’un ou l’autre de leurs membres n’est pas vacciné ou n’a pas fait de test. Du coup, ils annulent tout, ou réduisent le nombre des convives initialement prévus », explique-t-il. Selon lui, un bon tiers, au moins, de sa clientèle s’est volatilisée. Après les vagues successives de la pandémie et les fermetures en série, les restaurateurs subissent désormais le choc du certificat Covid. Cependant, tous espérèrent qu’une fois passé le premier cap de cette nouvelle contrainte, leur clientèle reviendra. De préférence au plus vite !