«Echo» – Ça nous ressemble à tous

«Echo» (Bergmál) de Rúnar Rúnarsson 

Colette Ramsauer | En décembre, il fait froid à Reykjavík, et les nuits n’en finissent pas. Le réalisateur et scénariste islandais Rúnar Rúnarsson s’empare de cette période et du sujet quasi universel des fêtes de fin d’année pour relever un portrait de la société occidentale. Avec auto-dérision et un sens aigu de l’observation.

Drôle et inquiétant à la fois 

Après Volcano en 2011 et Sparrows en 2015 qui avait quelque peu choqué par ses images, «Echo» son quatrième long métrage, beaucoup plus soft, est un concentré de la vie humaine sous nos latitudes, de la naissance à la mort, dans son environnement de surabondance et de déchets. A la veille des fêtes de fin d’année, une soudaine ambiance éthérée s’installe dans les villes et les chaumières. Résultent de ce temps de l’Avent, facteur d’émotions, des comportements que dans le stress de nos activités, nous n’avons guère le temps d’observer. Dans son pays, le réalisateur dresse un portrait réaliste de notre société moderne, entre réjouissance et inquiétude, drôle et inquiétant à la fois. 

56 tableaux

Ainsi montre-t-il – qui nous ressemblent à tous – 56 tableaux/séquences filmées en plan-fixes, situations ou simples atmosphères vécues par ses contemporains alors que les fêtes s’annoncent ou que l’année s’achève. Séquences drôles ou pas drôles du tout, dans la joie ou dans la peine, telle cette mère qui s’émerveille d’apercevoir sa fille adolescente danser lors d’une répétition ou cette autre qui fond en larmes en apprenant que ses enfants ne fêteront pas Noël avec elle. Une maison qu’on brûle intentionnellement ou l’apothéose des feux d’artifice du 31 décembre en disent long sur notre société de consommation. Autant de tableaux portant à la réflexion, l’ultime menant le spectateur en haute mer sur le pont d’un navire, champ propice à un temps de méditation.

Un défi pour les producteurs

Tel un kaléidoscope, l’affiche du film évoque ce puzzle cinématographique qui a nécessité 20 jours de tournage et autant pour les repérages. Rúnar Rúnarsson (Reykjavik 1977), présent au Festival de Locarno: «Post-moderne mon film? Un défi en tous les cas pour les producteurs. Ce que nous avions décidé, mes collaborateurs et moi-même, était de laisser un nouveau message cinématographique… Il n’y a quasiment pas d’acteurs professionnels dans le film… Nous ne quittions pas la séquence avant que le moment d’émotion ne soit enregistré… Nous avons abordé les situations avec un esprit de coopération insulaire» a-t-il déclaré à la presse qui s’est étonnée que le film ne soit pas récompensé à cette occasion.

«Echo», 2019, Islande, France, Suisse, 79’, vost, 14/14 ans – De Rúnar Rúnarsson – Au cinéma d’Oron dès le 26 décembre

Le feu pour faire table rase du passé