Billet d’humeur
Le jeu des poches
Le contribuable vaudois est-il une vache à lait ? Pardon pour cette formule facile. Mais à trois jours du vote sur l’initiative des 12 %, difficile de ne pas se poser la question.
Sur le papier, la proposition est claire comme de l’eau de roche : réduire de 12 % l’impôt cantonal sur le revenu et la fortune. Quelques centaines, parfois quelques milliers de francs dans le porte-monnaie, cela ne se refuse pas. Sauf que l’argent qui n’entre plus dans les caisses de l’Etat, doit bien manquer quelque part. Moins de prestations ? De nouvelles taxes ? Des reports de charges vers les communes ?
Alphonse Allais avait cette formule délicieusement cynique : « Il faut prendre l’argent là où il se trouve : chez les pauvres. D’accord, ils n’en ont pas beaucoup, mais ils sont si nombreux ! » Plus d’un siècle plus tard, la boutade n’a pas pris une ride. Lorsqu’il faut remplir les caisses, l’Etat trouve toujours beaucoup de petites poches plutôt qu’une seule bien garnie.
Autre paradoxe : en 2024, le peuple acceptait une 13e rente AVS, versée pour la première fois cette année. Pour la financer, nous voterons en novembre sur une hausse de la TVA. Davantage dans une poche, avant de remettre la main dans l’autre. « Il faut demander plus à l’impôt et moins aux contribuables », disait encore Alphonse Allais. Un siècle plus tard, la question reste ouverte.
Le contribuable pourrait donc recevoir d’une main ce qu’on finira par lui reprendre de l’autre. Pas forcément sous la forme d’un impôt et pas forcément demain. Mais le scénario est furieusement familier. Il faudra pourtant voter le 27 septembre, avec cette curieuse impression que, quel que soit le résultat, le citoyen restera celui vers qui l’on se tourne pour renflouer les caisses.
La boucle est bouclée. Passe-moi le bidon, c’est l’heure de traire .
Cassis aux portes des étoiles
La Suisse est neutre. Elle l’est depuis plus de deux siècles et, depuis 1848, la Constitution confie à la Confédération le soin de préserver cette neutralité. Pourtant, le 27 septembre, nous voterons sur l’initiative « Sauvegarder la neutralité suisse ». Faut-il protéger davantage un principe qui l’est déjà ? On peut en douter. Mais puisqu’il faut trancher, encore faudrait-il juger le texte pour ce qu’il contient.
Et c’est peut-être là que le bât blesse, car cette initiative vient de l’UDC. Trois lettres qui, pour certains, suffiront à voter non. Pour d’autres, à voter oui. Dans les deux cas, l’étiquette aura pris le pas sur les idées. Le fond mérite pourtant que l’on s’y attarde. Notre neutralité doit-elle être gravée plus profondément dans le marbre constitutionnel ou conserver la latitude nécessaire pour s’adapter aux soubresauts du monde ?
Année après année, Berne regarde toujours davantage vers Bruxelles. Bilatérales III, coopération en matière de politique étrangère et de sécurité : Ignazio Cassis entretient ce rapprochement avec l’Union européenne. La Suisse reprend aussi les sanctions contre la Russie et soutient les personnes touchées par la guerre en Ukraine.
Des choix qui interrogent forcément notre conception de la neutralité. Aucun de ces rapprochements ne signifie une adhésion à l’UE. Mais ils donnent parfois à la Suisse des airs de girouette, tournant au gré des vents qui soufflent de chez ses voisins. A force d’amincir les frontières, à quel moment disparaît cette fameuse neutralité ? C’est peut-être ça la vraie question.


