« Quincy » – Le combat sans fin de Quincy Jones

Colette Ramsauer | Après l’entracte du confinement, la reprise depuis le 6 juin de nouveaux films au cinéma se fera timidement avant que nos voisins français rouvrent leurs salles le 22 juin. Raison de voir chez soi « Quincy », un documentaire musical intime et empreint de bonne humeur. Le film nous amène dans le contexte – hélas – des violences policières aux Etats-Unis.

Monsieur Q

2900 chansons, 300 albums, 7 enfants et leur progéniture, 3 mariages ratés, c’est ainsi que le légendaire Quincy Jones, musicien hors pair de jazz, blues, big funk, soul, pop, hip-hop résume aujourd’hui son incroyable destin dans le show business. Compositeur, arrangeur et découvreur de talents, il a marqué l’histoire de la musique, de l’audiovisuel et parallèlement de la communauté afro-américaine. Récompensé 27 fois au Grammy Awards, celui qu’on nomme Monsieur « Q » est le sujet du documentaire « Quincy » sur la chaîne Netflix.

« Rester humble et gracieux »

Le film est un va-et-vient entre des interviews récentes accordées à sa fille l’actrice Rashida Jones et des documents d’archives de différents moments de sa vie depuis les années 30: enfance, ascension rapide du musicien, années de gloire, sérieux accidents de santé dont il se remet à chaque fois, vie de famille. Et l’inévitable déclin physique dû à son âge, qui ne le freine pas lorsqu’il s’agit de se faire le porte-parole de la communauté noire, des démunis, de la planète en péril ou des jeunes rappeurs. « La musique change chaque décennie. Il faut rester humble avec la création et gracieux avec le succès » dit-il, avec une bonne humeur qui lui est propre.

Enfance meurtrie 

L’internement de sa mère dans un asile psychiatrique, alors qu’il avait 7 ans, restera le drame de sa vie. De nuit, elle s’enfuyait de l’asile, cassait les carreaux des fenêtres pour voir ses deux enfants. Le film montre des images de cette époque quand son père charpentier décida de quitter le south side de Chicago avec ses fils pour Seattle où on engageait les Noirs dans les chantiers navals. Là-bas, lorsque le jeune Quincy dépressif découvre un vieux piano dans un hangar de munition, il sait que la musique le sauvera. Au collège, il chante dans un quartet de gospel et à 14 ans se produit sur scène à la trompette. A 18 ans, il obtient une bourse pour suivre une école de musique à Boston. « Sans la musique, j’aurais été un gangster » avoue-t-il.

Défenseur de la communauté noire

S’ensuit la lancée dans le monde du show buisness, les concerts, les studios d’enregistrement, les rencontres avec les plus grands, Ray Charles, Miles Davis et bien d’autres, les voyages à travers le monde, avec sans cesse la volonté de dénoncer le racisme dont sont victimes les Afro-américains. Avec l’appui de Franck Sinatra, il parviendra à ce que les musiciens noirs, lors des tournées à travers leur pays, puissent s’attabler au restaurant comme les White Americans, et non reclus dans les cuisines. Doué pour l’orchestration, qu’il a apprise avec Nadia Boulanger à Paris en 1957, il compose les arrangements musicaux pour les chanteurs de Barclay tels Aznavour, Brel, Salvador, et Vaughan, Sinatra, Streisand aux USA. Il est le premier Noir à composer de la musique de film. Cela semblait encore invraisemblable en 1965 ! Touche à tout, il se lance dans l’édition musicale. En 1982, il est le producteur de « Thriller », le succès planétaire d’un certain Michael Jackson. Ses projets à visée humanitaire ne cessent de meubler ses pensées. Pour ce, il serre la main des chefs d’Etat du monde entier. « J’ai vu le pouvoir de la musique toucher le cœur et l’esprit de millions de gens. C’est la force de la musique qui réunit le monde entier ». A Montreux, une halle du Centre des congrès porte son nom depuis 2018 et une statue à son effigie se trouve sur la promenade au bord du lac. A 87 ans, le vieil homme déplore avec un pincement au cœur le vide que laissent ses nombreux amis disparus. Assurément que les récentes violences policières à l’encontre des Afro-américains aussi l’affectent.

« Quincy », 2018 – Doc. de Rashida Jones et Alan Hicks 124’, sur Netflix