17 Décembre 2017
N°47 Du jeudi 14 décembre 2017 ● 67e année (N°3214)

Essertes désire accrocher son wagon au train d’Oron

Quels éléments motivent ce revirement de position et quel accueil lui réserve la grande commune?
  • René Delessert, syndic d’Essertes

    René Delessert, syndic d’Essertes

  • Philippe Modoux, syndic d’Oron

Politique

Gil. Colliard  |  Courtisée à deux reprises par des prétendants désireux de l’inclure à leur processus de fusion, la commune d’Essertes avait d’abord refusé les avances des communes des hauts de l’ancien district d’Oron dont le projet avait été rejeté par la population en 2006, puis s’était rapidement retirée de l’étude rassemblant les communes qui ont donné naissance à Oron, au 1er janvier 2012. Aujourd’hui, la voilà qui fait les yeux doux à cette dernière. Quels éléments motivent ce revirement de position et quel accueil lui réserve la grande commune?

Deux propositions refusées

La position géographique d’Essertes lui ouvre plusieurs portes sur Servion, Forel Lavaux ou Oron, mais c’est du côté de cette dernière que ses intentions de fusion se sont arrêtées. Contacté sur le sujet, René Delessert, syndic d’Essertes, nous livre les réflexions de sa municipalité. Lors des premiers projets de fusion, un sondage représentatif, effectué au niveau de la population avait débouché sur une volonté des «Coucous*» de garder leur indépendance. Après la défaite du projet des communes du haut, la municipalité s’était très vite retirée du projet initial de 12 communes d’Oron, afin de ne pas faire échouer la fusion, suivie par la suite par Maracon.

L’investissement personnel pour la chose publique ne fait plus recette

Début 2017, soit une législature plus tard, un bilan s’impose en regard de l’avenir. Comme beaucoup de petites communes, Essertes peine à renouveler son exécutif. Plusieurs municipaux, dont le syndic, en poste depuis le 1er janvier 2015 mais à la Municipalité depuis 27 ans, ont de nombreuses années de dévouement à leur actif et souhaitent se retirer à la fin du présent mandat. «Parmi nos 350 habitants, nous avons des gens compétents, mais pour différentes raisons, ils ne désirent pas prendre un poste à la municipalité. Il est de plus en plus difficile de trouver des gens disponibles et volontaires. Cette envie de prendre part à la vie politique communale s’effiloche» regrette René Delessert. D’autres critères viennent s’ajouter à ce désintérêt, comme l’autonomie financière, de plus en plus maigre et l’auto-financement ne permet plus de mettre sur pied de beaux projets. Avec la bascule canton/communes, la marge de manœuvre s’est rétrécie et les services, comme le contrôle des habitants, doivent suivre les formations comme les grandes communes. On peut encore citer la charge toujours plus importante pesant sur les épaules des élus et remplissant leurs agendas. Aussi, faisant l’unanimité autour de la table, il a été décidé de ressortir le projet de fusion du tiroir.

Oron, une locomotive lancée sur les mêmes rails

Sans hésitation, le choix d’Oron s’est imposé. «Nos habitants se rendent dans les commerces oronais, nous avons en commun l’école, les paroisses, la jeunesse, les pompiers, les fonds culturels et sportifs. Hormis l’épuration, l’adduction d’eau et les déchets verts, nous partageons les paramètres principaux avec cette dernière» souligne le syndic qui ajoute: «La municipalité d’Oron nous a toujours laisser entendre que si nous avions des velléités de fusion, la porte restait ouverte. Aussi, notre demande a-t-elle été bien accueillie». Cette réflexion a été présentée au Conseil d’Essertes qui a pris note de l’approche, visant à pérenniser la vie d’Essertes et qui se rangera (comme le souhaite la municipalité), de manière unanime du côté de ce choix. Le bon rythme pris par Oron est un atout de poids dans cette future décision. Une administration plus professionnelle permet une gestion directe des dossiers. Certes, les coûts ne baisseront pas, mais le service rendu à la population sera amélioré. La fiancée ne se présente pas les mains vides. Essertes a un patrimoine préservé, dont des terrains supérieurs aux dettes. Historiquement, longtemps Châtillens, Les Tavernes et Essertes ne formèrent qu’une seule commune. Dès 1801, commencèrent des négociations de partage qui aboutirent à une séparation en 1814. Essertes compte aussi sur son territoire, en limite avec Auboranges, la fribourgeoise, le plus grand menhir connu de Suisse, datant de la préhistoire.

Une fusion qui engendrerait peu de changements de part et d’autre

Du côté d’Oron, Philippe Modoux, syndic, comprend la réflexion des élus d’Essertes et les accueille volontiers. La municipalité a présenté cette demande au Conseil. Il s’agira donc, dès l’an prochain, de préparer une charte de fusion. Le bureau Compas Management, qui a initié la naissance d’Oron, sera mandaté pour ce travail, nettement moins lourd, puisqu’une grande partie des données sont déjà sous toit. Pour Oron, qui compte 5500 habitants, et qui a prévu une extension démographique jusqu’à 7000, les 350 âmes d’Essertes ne vont pas engendrer de gros changements. Les situations, notamment au niveau de la LAT, sont comparables. Les taux d’impositions proches (Oron 69 / Essertes 72) et peu de revendications ont été formulée par la demanderesse. «Essertes ne pourra pas prétendre à un siège à la Municipalité et nous ne modifierons pas, pour le moment, nos armoiries. L’administration sera fermée. Cependant, si le fonctionnement est adéquat, nous reprendrons toutes les personnes qui s’occupent de la voirie, afin qu’ils continuent leurs tâches, sans tout révolutionner. Des nouvelles conventions seront rédigées pour les services épuration et amenée d’eau», commente Philippe Modoux. Il rappelle que la réussite de la fusion d’Oron tient à une bonne préparation en amont, une municipalité représentative des localités qui a permis d’harmoniser petit à petit les particularités communales. L’objectif financier a été tenu. La marge d’auto-financement de 2 millions par an permet de payer cash des travaux importants sans péjorer le ménage courant. La gestion a gagné en efficacité.

Un peu plus de 200 ans après avoir pris son indépendance, la commune d’Essertes rejoindra-t-elle Châtillens et Les Tavernes dans le giron d’Oron? Le dernier mot sera laissé à la population des deux entités, lors d’une votation, au terme des différentes démarches inhérentes au processus de fusion.

*sobriquet des habitants d’Essertes

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