Votation 14 juin – Le billet de Christa
Une Suisse qui n’aime pas être plafonnée et soutient son armée ; des Vaudois pour un salaire minimum dans le flou !
Christa Calpini, pharmacienne, ancienne députée | Le premier est l’initiative populaire « Pas de Suisse à 10 millions ! (initiative pour la durabilité) ». Il a été refusé à 54,8 % des voix. Avec le lancement de cette Initiative, l’UDC a fait fort en mettant le doigt sur certains problèmes réels que rencontre notre population : routes encombrées, trains bondés, manque de logements à prix abordables, attente pour une place en crèche et j’en passe !
La cause évoquée de ce marasme est une immigration excessive. La solution proposée consiste à limiter la population résidente qui ne doit pas dépasser les 10 millions d’ici 2050. Si le seuil de 9,5 millions est dépassé d’ici là, le Conseil fédéral et le Parlement devront prendre des mesures notamment en matière d’asile et de regroupement familial. Le Conseil fédéral devra en outre négocier des clauses d’exception ou de sauvegarde dans les accords internationaux qui favorisent la croissance démographique. Si la limite de 10 millions est dépassée, notre pays devra dénoncer ces accords, y compris, après deux ans, l’accord avec l’UE sur la libre circulation des personnes.
Les autres accords bilatéraux seraient alors aussi caducs. La participation de la Suisse aux accords Schengen et Dublin de l’UE et, par conséquent, la coopération étroite en matière d’asile et de sécurité seraient également remises en question. Donc, ce plafond rigide inscrit dans la Constitution, ainsi que sa mise en œuvre, semblent créer plus de problèmes qu’il n’en résout. C’est une réalité qui n’a pas échappé à une majorité de nos concitoyens. La population suisse vieillit. La proportion de retraités augmente, tandis que celle des actifs diminue. C’est pourquoi déjà aujourd’hui les travailleurs étrangers viennent compléter la main d’œuvre locale dans les secteurs clés tels les hôpitaux, les EMS, la construction, l’hôtellerie/restauration, l’artisanat, l’agriculture et j’en oublie !
Et pire encore, ce texte saborde délibérément nos relations avec nos plus proches voisins avec pour conséquence des problèmes pour notre économie et notre sécurité. L’initiative ne crée aucun logement, ni de solutions pour améliorer les infrastructures. Elle a par contre le mérite de nous secouer, de nous faire prendre conscience que nous n’avons pas su accompagner l’extraordinaire développement économique avec les structures adéquates notamment en matière de logements et de mobilité. A qui la faute ? Aux politiques pour leur manque de vision, à nous tous ? Malgré le manque de logements, les projets de densification sont souvent refusés par la population, tout comme l’élargissement des routes. Notre petit confort personnel passe avant le bien commun. A nous de changer un peu notre état d’esprit pour garder non seulement une Suisse ouverte sur le monde mais aussi une qualité de vie que bien des pays nous envient.
Le second objet est la « Modification de la loi fédérale sur le service civil ». Il a été adopté par 52,6 % des voix. Nous nous prononcions sur un durcissement de la loi par diverses mesures encadrant l’engagement des civilistes. L’objectif étant de faire respecter le principe constitutionnel selon lequel il n’existe pas de libre choix entre le service militaire et le service civil. Le système actuel a été mis en place en 1996 comme alternative au service militaire obligatoire pour les objecteurs de conscience qui, jusqu’alors étaient envoyés en prison.
Depuis une trentaine d’années, le nombre de civilistes n’a cessé d’augmenter. En 2025, plus de 7000 personnes l’ont plébiscité. Un tiers faisant ce choix après l’école de recrues, voire en ayant gradé. Autrement dit, un dispositif conçu comme une exception, est devenu progressivement une norme. Il serait choisi par confort personnel et non plus pour un problème éthique estiment les partisans du OUI. D’où la nécessité de faire baisser leur nombre de quelque 40 % pour le ramener à 4000 par an afin de garantir des effectifs suffisants pour l’armée. Certes, le nombre de soldats est actuellement suffisant mais va baisser suite à la réduction de la durée de l’obligation de servir de douze à dix ans. De plus, des soldats formés à grand frais qui quittent l’institution, c’est une perte de compétences et de savoir-faire qu’on ne peut nier. Tout comme on ne peut nier que les civilistes font un travail utile et apprécié dans le social, l’instruction publique, la santé, la protection de l’environnement ou l’agriculture de montagne. Mais ces derniers œuvrent souvent seuls, sans obéir à une chaîne de commandement, ni suivre une formation coordonnée.
Ce sont bien les soldats de l’armée et les membres de la Protection civile qui sont mobilisables en cas de cata-strophe ou de situation d’urgence. Rappelons ici que la Protection civile est un service qui s’adresse aux hommes de nationalité suisse déclarés inaptes à l’armée mais aptes à la PCI. L’obligation dure 14 ans pour un total de 245 jours de service. Les jours non accomplis sont soumis à une taxe d’exemption. Donc, ceux qui effectuent leur service militaire ou de protection civile assument une responsabilité collective envers le pays avec davantage de contrainte que les jeunes du service civil. Ils ne dorment pas chez eux et passent des week-end sous les drapeaux. La population suisse a estimé, la situation géopolitique actuelle aidant, que notre armée méritait d’être mieux soutenue.
A elle aussi de faire des efforts pour être plus attrayante ! A elle aussi d’éviter les couacs tels les F-35 ou les missiles Patriot, couacs qui la desservent fortement et sèment le doute dans la population.
Le troisième objet est cantonal et porte sur le salaire minimum à 23 francs. Le sujet est formulé de manière compliquée vu qu’il y a quatre questions. Alors résumons !
Le premier texte « Pour le droit de vivre dignement de son travail – pour un salaire minimum cantonal », initiative populaire constitutionnelle, demande d’ancrer le principe du salaire minimum dans la Constitution afin que les autorités ne puissent le démanteler ou l’abroger. Cet objet a été accepté à 49,1 % des suffrages, contre 45,8 % de refus et 5 % de votes blancs.
Le second texte « Pour le droit de vivre dignement de son travail – pour un salaire minimum cantonal », initiative populaire législative, vise à fixer le montant et les modalités dans la loi. Le système de calcul est calqué sur la jurisprudence fédérale avec un dispositif d’indexation automatique en fonction de l’indice suisse des prix à la consommation. Cet objet a été refusé à 47,5 % des suffrages, contre 46,2 % de oui.
Donc la population accepte le principe d’un salaire minimum dans la constitution mais tout reste à faire puisque qu’elle refuse les projets de lois associés. Ce sera le travail à venir du Conseil d’Etat et du Parlement.
Le troisième texte « Loi sur le salaire minimum » est le contre-projet du Conseil d’Etat qui s’oppose aux deux initiatives de la gauche et des syndicats. Il reprend le même montant mais ne l’inscrit pas dans la Constitution et fait primer les conventions collectives de travail sur la loi. Ce contre-projet ne prévoit pas d’indexation automatique et contient des exceptions. Il a été refusé à 46,8 % contre 46,2 % de OUI.
Le quatrième texte est une question subsidiaire « Si l’initiative législative et le contre-projet législatif sont acceptés par le peuple, est-ce l’initiative ou le contre-projet qui doit entrer en vigueur ? Le contre-projet l’emporte (48,1 % contre 43,3 % pour l’initiative). Cette question devient caduque puisque contre-projet et initiative législative ont été refusés.
Dans cette campagne, deux camps s’affrontaient. D’un côté, la gauche, les syndicats, des associations (Caritas, Centre social protestant….). De l’autre, les partis bourgeois et une grande partie des milieux économiques (GastroVaud, Fédération vaudoise des entrepreneurs, hôteliers, commerçants) soutiennent le contre-projet qui introduit le salaire minimum pour les secteurs sans CCT. Les deux camps visent le même objectif, à savoir l’introduction d’un salaire minimum. Mais les visions sont différentes. La droite estime que les conventions collectives de travail (CCT) doivent l’emporter sur le salaire minimum vaudois.
A ce jour, 44 CCT étendues au niveau national couvrent de nombreuses branches telles l’hôtellerie-restauration, la coiffure ou la boulangerie. La droite estime aussi qu’une indexation automatique à l’inflation risque de mettre en péril les petits commerces à très faible marge. Avec le contre-projet, les branches non couvertes par CCT auraient eu l’obligation de payer le salaire minimum de 23 francs.
Avec ce non-choix, le partenariat social entre employeurs et syndicats qui a fait ses preuves aura du pain sur la planche tout comme nos élus cantonaux. Quant aux travailleurs qui attendaient avec impatience de toucher 23 francs de l’heure, ils repartent bredouilles. Le principe est inscrit dans la Constitution mais d’ici là que le contenu de la loi soit élaboré, ils doivent se résigner au statu quo. Ce sont finalement les grands perdants de ce double veto législatif.



