Remarquable exposition Paul Cézanne

Pierre Jeanneret  |  Avec cette exposition, la Fondation Gianadda, qui approche de ses 40 ans d’âge, clôt son cycle consacré aux impressionnistes et aux peintres proches de celui-ci, de Degas à Renoir en passant par Monet. Une exposition exceptionnelle parce que les toiles et dessins exposés proviennent en partie de collections privées dont elles sortent pour la première fois, et surtout parce qu’elle offre un panorama complet de l’oeuvre du «maître d’Aix», qui vécut de 1839 à 1906.

La visite commence par les années d’apprentissage, dont les travaux ont été rarement montrés. C’est «Cézanne avant Cézanne». Ses peintures sont assez sombres et rappellent celles de Gustave Courbet. Puis, grâce à sa rencontre avec Camille Pissarro, sa palette s’éclaicit, ses toiles se remplissent de couleurs et de lumière. Il côtoie les impressionnistes, mais sans adhérer pleinement au mouvement. Cet artiste à la personnalité complexe, toujours insatisfait de son travail, cherche sa voie propre. On remarquera un tableau d’un grand intérêt, Montagnes en Provence – Le Barrage de François Zola (qui était le père de l’écrivain, ami intime du peintre jusqu’à leur brouille en 1886). Là, on reconnaît ce qui sera sa «patte» particulière: il procède par hachures et donne une vision synthétique de la réalité. En fait, il recrée celle-ci. C.-F. Ramuz a écrit de lui: «Cézanne ne copie pas, il transpose». C’est particulièrement perceptible dans ses fameuses Montagnes Sainte-Victoire, qu’il va peindre à 87 reprises!

L’artiste fut aussi un maître de la nature morte, avec notamment ses fameux plats de pommes. Or celles-ci se limitent de plus en plus à des formes schématiques: «Toute la nature par le cylindre, la sphère, le cône», écrit-il dans une lettre. C’est pourquoi, il est à juste titre considéré comme le précurseur des cubistes, et en fait de tout l’art contemporain du 20e siècle. L’exposition met aussi en valeur le portraitiste. Il choisit comme modèle des gens simples, sa jeune épouse Hortense, mais aussi d’autres peintres et des hommes de lettres. Sans oublier ses remarquables autoportraits à la barbe fournie. Et dès 1870, il s’attaque à des nus audacieux. Ses Baigneurs et Baigneuses vont inspirer fortement Matisse, mais aussi Picasso. Il faut donc absolument aller voir cette exposition qui a le mérite de nous présenter Paul Cézanne dans son évolution et par toutes les facettes de son oeuvre géniale.

«Cézanne. Le chant de la terre», Martigny, Fondation Gianadda, jusqu’au 19 novembre.

A noter une exposition parallèle de photographies d’artistes et écrivains par Henri Cartier-Bresson.