Pully se donne du temps pour mieux construire
Largement accepté par le Conseil communal mercredi 19 novembre, le 21e préavis de cette année pose un nouveau cadre : celui d’établir une zone réservée communale. Dis autrement, la Ville appuie sur « pause » sans arrêter totalement les projets de construction. Décryptage.

L’idée est d’encadrer la manière de construire, de mieux protéger les sols et les bâtiments auxquels les habitants sont attachés, en attendant le futur plan d’affectation communal (PACom), règles de construction pour les 10 à 15 prochaines années (révision prévue fin 2028). Le tout répond au postulat « Vers un moratoire partiel sur les constructions » déposé en 2023 par le conseiller communal Patrick du Bois.
Pour bien comprendre pourquoi Pully en est arrivé là, il faut savoir qu’à l’époque, plusieurs motions et postulats demandaient de freiner la densification. Mais la plus grande ville du district ne peut pas simplement geler toute sa zone à bâtir : « Son territoire se trouve dans le périmètre compact du PALM, où la densification reste un objectif cantonal et fédéral », détaille la Municipalité dans son préavis. L’exécutif a donc choisi un outil conservatoire : une zone réservée qui autorise toujours les constructions, mais avec de nouvelles règles. Elle s’applique à l’essentiel des zones à bâtir, sauf les zones d’utilité publique, de verdure, viticole et forestière, ainsi que certains plans de détail récents ou situés au centre-ville. Deux mesures phares en découlent.
50 % de jardin, 50 % de béton au maximum
Première nouveauté : un coefficient minimal de 50 % de pleine terre pour toute nouvelle construction ou tout agrandissement qui prend plus de place au sol. Concrètement, au moins la moitié de la parcelle doit rester en « vrai sol ». Pas de bâtiment, pas de garage souterrain en dessous, pas de revêtement dur (bitume, dalles, graviers stabilisés, grilles-gazon, etc.), hormis de petits chemins piétons. Cela ne signifie pas la fin des parkings ou des garages souterrains, mais ils doivent être conçus autrement. Les architectes et les promoteurs immobiliers doivent désormais jongler avec ces 50 % de pleine terre, ce qui implique à penser différemment l’implantation des bâtiments (accès, places de parc, etc).
Avec ce mécanisme, la Ville espère limiter l’imperméabilisation des sols, réduire les risques de ruissellement et d’inondation, atténuer les îlots de chaleur et préserver un peu de verdure et de biodiversité dans les quartiers. Néanmoins, des exceptions existent, notamment pour des projets d’utilité publique (comme un bâtiment scolaire ou administratif), ou lorsqu’une parcelle cède une petite partie de terrain à la Ville pour corriger ou élargir une route. Pour les parcelles déjà très construites, les règles cantonales continuent de s’appliquer : « L’entretien et certaines transformations restent possibles tant qu’elles n’aggravent pas la situation actuelle, mais une démolition-reconstruction devra respecter le seuil de 50 % de pleine terre. »
Protéger les bâtiments
Deuxième volet : protéger le patrimoine bâti. Pully dispose de nombreux bâtiments recensés pour leur valeur historique ou architecturale. Les objets d’importance nationale ou régionale (notes 1 et 2) sont déjà protégés par le canton. En revanche, les bâtiments d’importance locale (note 3) restaient peu défendus en dehors du bourg, faute de base communale spécifique. Avec la zone réservée, ces bâtiments en note 3 ne peuvent plus être démolis à la légère.
Les projets doivent désormais respecter les qualités qui ont justifié leur recensement (volumes, matériaux, silhouette, etc). L’idée est d’éviter que des maisons ou ensembles caractéristiques disparaissent avant que le futur PACom ne fixe des règles plus fines et durables. Les bâtiments en note 4, eux, ne sont pas soumis à cette protection stricte, la Municipalité ayant renoncé à aller aussi loin que le demandaient certains textes déposés par les conseillers communaux.
Ce nouveau cadre n’arrive pas de nulle part. La zone réservée est déjà appliquée de manière anticipée depuis juillet 2023 lors de l’examen des permis de construire, ce qui a permis de tester les règles sur des projets concrets. Elle est prévue pour cinq ans, prolongeable de trois ans si nécessaire, et prime durant ce temps sur les dispositions communales qui lui seraient contraires. Elle s’éteindra automatiquement lors de l’entrée en vigueur du nouveau PACom.
Lors de sa mise à l’enquête cette année, la zone réservée a suscité huit oppositions, que la Municipalité propose de lever, estimant ses mesures proportionnées et compatibles avec le droit supérieur tout en respectant les droits des propriétaires. Avec ce dispositif transitoire, Pully tente de concilier deux attentes souvent présentées comme opposées : continuer à se développer, tout en préservant les sols et les bâtiments qui font l’identité de la ville.
Après un premier refus, la pataugeoire du Parc Guillemin sera finalement rénovée
Souvenez-vous, les élus pulliérans avaient refusé la première mouture pour rénover la place de jeux et la pataugeoire situées au cœur du Parc Guillemin. A cette époque, le crédit d’investissement de 670’000 francs fait grincer des dents. Si le coût est jugé trop important, il s’explique par un chantier de rénovation majeure. Aujourd’hui, la Municipalité revient avec une version ciblée uniquement sur la pataugeoire. L’objectif est de transformer le bassin vieillissant en espace aquatique ludique avec jets d’eau, pour 487’000 francs.
L’infrastructure actuelle cumule les problèmes : profondeur de 35 cm, contre les 20 cm recommandés et qualité d’eau instable, avec des bactéries dépassant régulièrement les limites lors de grandes chaleurs. Gardiennage, clôture et lourde rénovation auraient été nécessaires pour la maintenir. Soutenue par un sondage (497 réponses) et par une commission ad hoc unanime, la variante des jets d’eau s’est imposée : circuit fermé, consommation d’eau réduite, coûts d’exploitation estimés à 11’400 francs par an contre 81’000 pour une pataugeoire gardiennée, et accessibilité à tous les âges. Mise à l’enquête début 2026, l’aire devrait ouvrir à l’été 2026, tout en préservant l’esprit convivial du parc.



