Opinion
« Une initiative qui prétend apporter la solution mais ouvre la voie au chaos”

Rony de Sousa Lopes Membre du comité Jeune du Centre Vaud | L’initiative de l’UDC « Pas de Suisse à 10 millions ! (initiative pour la durabilité) » se présente comme une réponse radicale aux inquiétudes d’une partie de la population. Aujourd’hui, il est difficile d’ignorer la surcharge des trains, la densification du trafic sur les autoroutes ou encore la multiplication des immeubles dans nos villes, qu’elles soient fortement ou faiblement urbanisées. A cela s’ajoute la hausse du coût de la vie : logement, assurance maladie, carburant, etc. Mais à qui la faute ? « Aux accords de libre circulation avec l’UE », dirait l’UDC.
Pour des raisons d’opportunité politique, l’UDC simplifie la réalité en amalgamant consciemment son thème favori : l’immigration. Mais il convient d’être prudent face à ses approximations, qui paraissent convaincantes et qui font fi d’une réalité multifactorielle et complexe.
Avec le PIB par habitant le plus élevé au monde, nous dépendons largement d’une économie ouverte et hautement qualifiée. Aujourd’hui, on ne peut dissocier la performance économique de l’augmentation démographique engendrée par l’immigration, qui cherche à combler des carences structurelles. De mon point de vue, la question ne peut donc pas être seulement démographique ou identitaire, comme l’UDC le présente. La question centrale qui se dégage est celle de savoir comment la Suisse forme, intègre et mobilise son capital humain pour maintenir sa qualité de vie.
En tant que Jeune du Centre, j’estime que ces carences pourront être comblées par une politique visant à : mieux valoriser les filières professionnelles et techniques, qui souffrent d’un déficit d’image face aux cursus universitaires ; renforcer la formation continue, actuellement jugée insuffisante pour permettre à chacun d’évoluer à la hauteur de son potentiel ; et enfin, adapter l’offre universitaire aux besoins réels du marché, car malgré la hausse du nombre de diplômés, des inadéquations persistent.
Plutôt que d’apporter des tensions inutiles et des débats parfois stériles, cette initiative apparaît comme une manœuvre pour le moins habile de remise en cause anticipée des accords bilatéraux III. Il est par ailleurs critiquable qu’un parti gouvernemental utilise l’instrument de l’initiative populaire pour fragiliser des accords négociés par le Conseil fédéral, présidé par Guy Parmelin (UDC).
Un « oui » à cette initiative marquerait une nouvelle phase de tension entre la Suisse et l’Union européenne, et à l’inverse, un « non » timide pourrait également être interprété comme un signal politique mitigé à l’approche des futurs débats sur les bilatérales III et sur les relations entre la Suisse et l’UE. Il est donc primordial de voter un grand NON à cette initiative du chaos. La Suisse a bâti sa prospérité sur le pragmatisme et la parole donnée.



