Opinion
La responsabilité d’investir pour l’avenir de nos enfants

Jean-Daniel Bonjour, chef de groupe des Vert·e·s de Savigny | Bien qu’en 2023 une large majorité du peuple ait accepté la Loi sur le Climat, la politique climatique suisse est actuellement en recul, et notre pays dégringole dans le classement international. L’objectif « zéro émission nette d’ici 2050 », qui est défini par cette loi, ne pourra être atteint sans un financement socialement juste. Les coûts de la transition écologique étant jusqu’ici essentiellement supportés par les individus, l’initiative pour un Fonds Climat, soumise au vote le 8 mars prochain et soutenue par une coalition étendue, veut faire de la protection du climat une mission publique. Elle demande que la Confédération alimente, par un versement annuel de 0.5 à 1 % du PIB jusqu’en 2050, un fond permettant de soutenir les domaines suivants : assainir les bâtiments, décarboner les transports, renforcer les énergies renouvelables, promouvoir dans l’industrie les technologies respectueuses du climat, développer les puits de carbone naturels, investir dans la formation et la reconversion professionnelle pour disposer de la main-d’œuvre nécessaire à ces tâches.
La Suisse se réchauffe 2x plus vite que la moyenne mondiale, les événements météorologiques extrêmes se multiplient (sécheresses, inondations), nos montagnes s’effondrent (réchauffement du permafrost)… et les catastrophes qui en résultent occasionnent des dommages de plus en plus coûteux, dépassant déjà le milliard de francs par année. Sur le plan énergétique, la Suisse importe annuellement pour 8 milliards de francs de pétrole et de gaz, un commerce très exposé aux risques géopolitiques et ne générant aucune valeur pour notre pays. Dans ce contexte, l’initiative pour un Fonds Climat ne procure que des bénéfices. Sortir de la dépendance des énergies fossiles, c’est protéger le climat et améliorer la santé de la population ! Développer les énergies renouvelables, c’est créer de l’emploi local et renforcer la prospérité, la résilience et la souveraineté de notre pays !
Les opposants à l’initiative brandissent son coût. Mais ce que nous disent les experts, et qui est bien illustré par les événements récents, c’est que le coût résultant de notre inaction et qui retomberait sur les générations futures serait bien plus important que le fait d’investir dès maintenant. Comme le dit l’adage, « mieux vaut prévenir que guérir ». Par ailleurs, il est important de mentionner que ce Fonds Climat n’engendrera pas de nouveaux impôts, taxes ou mesures d’économies, car il sera alimenté par des emprunts de la Confédération non soumis au « frein à l’endettement » et bénéficiant des taux actuels qui sont très bas. Ce mécanisme recueille même le soutien de l’ancien vice-président de la BNS. En ce sens, l’initiative répond à deux préoccupations du peuple : celle de la « fin du mois », en n’ayant aucune répercussion sur le porte-monnaie des citoyens ; et celle de la « fin du monde », en agissant dès maintenant pour répondre à l’urgence climatique.
De même que les générations précédentes ont eu l’audace de réaliser de grands projets au cours du siècle dernier – réseaux ferroviaires, ouvrages hydroélectriques (2% PIB dans les années 1950-1960) – c’est à notre tour d’investir aujourd’hui de façon courageuse dans la transition énergétique et climatique qui représente le projet de notre génération ! Cela relève de notre responsabilité que de reprendre la main concernant l’avenir de nos enfants. Cette initiative est une manière économiquement intelligente et solidaire de relever ce défi. A contrario, ne pas s’engager aujourd’hui dans une politique climatique ambitieuse serait irresponsable, se révélant à terme bien plus coûteuse et dommageable.


