Drame de Crans-Montana – Notre district fortement touché
Lavaux-Oron se recueille, entre choc, silence et solidarité
Le drame survenu dans la nuit du Nouvel An à Crans-Montana continue de bouleverser bien au-delà du Valais. Dans le district de Lavaux-Oron, où plusieurs jeunes figurent parmi les personnes décédées ou touchées, des temps de recueillement ont été organisés. A Lutry et Oron, une foule venue en masse témoigne de l’ampleur de l’émotion. Entre silence, solidarité et besoin de retenue, le district tente de faire face à une tragédie qui dépasse les mots.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, le bilan des personnes décédées pourrait encore évoluer, tandis que l’enquête se poursuit afin d’établir les circonstances exactes de l’incendie, notamment en lien avec les propriétaires du bar Le Constellation, les travaux de rénovation et le respect des normes de sécurité. Mais, au-delà de ces éléments, la population fait face avant tout à la brutalité de la perte. Dans le district, plusieurs moments de recueillement ont été organisés au fil des jours.
Des recueillements dans la région
Samedi 3 janvier, au Temple de Lutry, une foule nombreuse s’est rassemblée pour observer un moment de silence, un temps musical et une marche silencieuse en mémoire des victimes. Environ 1500 personnes étaient présentes, illustrant l’onde de choc ressentie bien au-delà des seules familles directement touchées. Le lendemain, au Temple d’Oron-la-Ville, ce sont plus de 800 personnes qui se sont également réunies pour une marche silencieuse et un recueillement mêlant musique, prière et silence.
« Des post-it permettaient à chacun de déposer un message », explique le pasteur Nicolas Lehmann, avant d’ajouter que de nombreux jeunes, encore sous le choc, cherchaient un espace pour se retrouver et partager leur peine. « Ce rassemblement a montré une communauté soudée malgré la douleur. Les jeunes se tiennent ensemble », souligne-t-il.
Des familles durement touchées
Outre ces moments de recueillement, ce sont surtout des familles du haut et du bas du district qui sont confrontées à une réalité brutale. Dans la région d’Oron, un jeune de 16 ans figure parmi les personnes décédées. Selon nos informations, 13 décès sont recensés dans le district. A Lutry, Pully ou encore à Bourg-en-Lavaux, plusieurs familles sont plongées dans le deuil. Parmi elle figure notamment Laeticia Brodard-Sitre, cette maman qui avait lancé un appel poignant sur les réseaux sociaux pour tenter de retrouver son fils après le drame. Elle a depuis annoncé le décès d’Arthur, âgé de 16 ans, dans l’incendie, après plusieurs jours d’attente et d’incertitude.
Le choc dépasse le cercle familial et touche l’ensemble du tissu local. Le monde sportif est lui aussi profondément affecté. Clubs de foot, entraîneurs et coéquipiers tentent aujourd’hui d’accompagner les jeunes dans leur chagrin. Dans ce contexte, la journée de deuil national prévue demain vendredi 9 janvier s’annonce comme un moment de recueillement partagé, au-delà des frontières communales et cantonales.
Soutien organisé au niveau local
Du côté des autorités communales, l’accent est mis sur la coordination et l’accompagnement des familles touchées. A Oron, la Municipalité rappelle que le soutien s’inscrit en lien avec les écoles, les associations et les réseaux existants.
« La commune est en train d’examiner quels types de soutien elle pourrait apporter. Beaucoup de choses sont déjà mises en place pour l’accompagnement psychologique, notamment dans le cadre des écoles, des associations comme le 147 de Pro Juventute ou ciao.ch, ainsi qu’à travers les réseaux existants », détaille la municipale Monique Ryf.
Pour réunir des dons, plutôt que de lancer une cagnotte, une association locale a vu le jour lundi en fin de journée. Elle vise à venir en aide en particulier à un jeune et à sa famille, actuellement hospitalisée à Lyon à la suite de graves brûlures, mais aussi aux familles des autres jeunes de la commune touchées par ce drame.
Baptisée « Unis par le cœur : Isabelle, Enzo et ses amis », l’association entend coordonner un soutien pratique, financier et psychologique, tant dans l’immédiat que sur le moyen et le long terme. « On sent une immense détresse et une envie d’aider, mais aussi beaucoup de respect », observe la municipale en charge de la jeunesse.
Les écoles en première ligne
Dans les établissements scolaires, la priorité a été donnée à l’écoute.
A Oron, un dispositif spécifique a été mis en place le 5 janvier afin de permettre aux élèves de s’exprimer dans un cadre sécurisé.
Des équipes éducatives et thérapeutiques de l’établissement ont été mobilisées pour accompagner les jeunes touchés, directement ou indirectement, par le drame. Concrètement, les écoles disposent depuis 2002 d’une cellule de crise interne, mise en place dans le cadre du dispositif cantonal GRAFIC (Gestion des ressources, d’accompagnement et de formation en cas d’Incident critique). Activée en cas d’événement grave, elle permet d’offrir rapidement un soutien psychosocial aux élèves concernés, mais aussi d’assurer une information claire et adaptée à destination des élèves, du personnel scolaire, des parents et, si nécessaire, d’autres institutions impliquées. « Il était essentiel de laisser aux élèves la possibilité de dire ce qu’ils ressentent ou de garder le silence », explique le directeur de l’établissement scolaire d’Oron, Jean-François Detraz. Le dispositif pourra être prolongé en fonction de l’évolution des besoins. Les enseignants, eux aussi touchés, ont été étroitement associés à cette démarche.
Les écoles post-obligatoire sont particulièrement touchées par ce drame. Au gymnase de Chamblandes à Pully, la direction confirme que l’établissement est directement touché par le drame, pour l’heure, trois élèves sont décédés et plusieurs blessés graves sont déplorés : « Cette tragédie a profondément marqué notre communauté scolaire. Nous déplorons la perte de plusieurs élèves et d’autres sont actuellement hospitalisés », indique Michael Gelsomino, directeur du gymnase. Dès la rentrée, un dispositif de soutien renforcé a été mis en place, avec la mobilisation de 16 psychologues scolaires, 14 médiateurs ou infirmiers. Des espaces d’écoute ont été ouverts afin de permettre aux élèves et au corps enseignant de s’exprimer librement, individuellement ou en groupe.
Toujours à Pully mais au collège de Champittet, la direction indique ne pas être en mesure de préciser combien d’élèves se trouvaient dans la station au moment des faits. Elle confirme toutefois que deux élèves sont actuellement hospitalisés et que trois élèves sont décédés. Le jour de la rentrée du 5 janvier, une assemblée des élèves du secondaire a été organisée pour informer sur les faits, présenter les mesures de soutien et inviter à la parole et à l’entraide. Des interventions en classe avec psychologues, direction et enseignants ont suivi, ainsi que l’ouverture de lieux dédiés au silence et à l’écoute, et d’un espace de dépôt de fleurs, bougies et messages.
Ce que l’on sait du drame au lundi 5 janvier
Dans la nuit du 1er janvier, peu après 1h30, un incendie s’est déclaré dans le bar Le Constellation à Crans-Montana, alors que des centaines de personnes célébraient le Nouvel An. Selon les autorités, le drame a fait 40 morts et 116 blessés, 83 étaient toujours hospitalisés en début de semaine.
Parmi les personnes décédées, 22 sont de nationalités suisses et 18 étrangères. Les victimes étaient âgées de 14 à 39 ans et la moitié d’entre elles étaient mineures.
Face à l’ampleur du drame, une journée de deuil national est prévue le vendredi 9 janvier, comme l’a annoncé le Conseil fédéral. Une minute de silence sera observée à 14 heures, tandis que les cloches des églises sonneront dans tout le pays, lors d’une cérémonie d’hommage organisée à Crans-Montana. Les cantons s’organisent également pour assurer un accompagnement psychologique dans les écoles. En Valais, les écoles du Haut-Plateau seront fermées vendredi après-midi, tandis que les autres établissements observeront une minute de silence.
Sur le plan judiciaire, une instruction pénale a été ouverte contre les responsables du bar Le Constellation, ont annoncé la police cantonale et le Ministère public valaisan. Le couple est prévenu notamment d’homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d’incendie par négligence. La présomption d’innocence s’applique. L’enquête devra notamment déterminer le rôle de bougies pyrotechniques et examiner la mousse acoustique posée au plafond, afin d’établir si ce matériau était conforme aux normes et s’il a contribué à la propagation rapide du feu.


