Le peintre surréaliste belge Paul Delvaux et les barques du Léman à l’honneur à Evian

Pierre Jeanneret  |  C’est l’époque des mini-croisières vers Evian. Au bon repas en France voisine, à l’achat d’un reblochon ou de délicieux saucissons secs savoyards s’ajoute depuis quelques années une dimension culturelle. Le Palais Lumière – un très beau bâtiment Art Nouveau qui vaut la peine d’être vu de l’intérieur – organise des expositions de grande qualité. Jusqu’en octobre, Paul Delvaux (1897-1994), l’un des deux grands noms du surréalisme belge avec René Magritte, est à l’honneur. Nous recommandons aux visiteurs de commencer par le film remarquable qui retrace sa vie et explique la genèse de ses thèmes. Ainsi, on apprendra que Delvaux, dès son enfance à Bruxelles, a été fasciné par les trains à vapeur et les tramways électriques, alors des emblèmes de la modernité. En même temps, en partant dans le lointain, ils invitent au rêve. Delvaux va donc peindre de nombreuses gares. Mais à l’intérieur de celles-ci, on trouve une femme nue, distante, comme absente, un autre grand thème de son œuvre. C’est ce choc entre deux réalités complètement différentes qui fait de l’artiste un surréaliste. Comme élève, il a été fasciné par l’Antiquité greco-romaine. Sous l’influence d’un autre grand surréaliste, Giorgio de Chirico, il va placer ses nus féminins au milieu de villes antiques idéales, de colonnes corinthiennes. Delvaux est donc le peintre du rêve, du hiératisme, du silence, de l’étrange, du fantastique. Ainsi, il va reprendre des scènes bibliques (la cène, la crucifixion), mais animées par des squelettes. Lecteur passionné de Jules Verne, il introduit aussi dans ses toiles des machines, des savants un peu bizarres… et ses éternels nus. Laissez-vous surprendre par cette œuvre picturale hors du commun!

Des naus aux barques à voiles latines

A deux pas du Palais Lumière, on trouve l’ancienne Maison Gribaldi, autre lieu d’exposition. Celle qu’elle présente actuellement raconte l’histoire de la navigation sur le Léman. Au Moyen Age, pour transporter les marchandises, on avait les naus, bateaux assez primitifs à fond plat et à voile carrée. Les ducs de Savoie firent construire des galères militaires, de même que leurs successeurs les Bernois. Mais ceux-ci les utilisèrent aussi pour le transport civil. Puis apparurent les fameuses barques à voiles latines (qui pouvaient donc remonter au vent), dont La Vaudoise reste le dernier exemplaire construit à l’époque. Ces barques, dont certaines pouvaient charger 220 tonnes de pierres de Meillerie, connurent leur apogée à la fin du XIXe siècle et jusqu’en 1914. Puis ce fut la fin rapide: mort de nombreux bateliers français dans les tranchées, concurrence du chemin de fer et des camions, remplacement de la pierre par le béton dans la construction. Une nouvelle ère commence alors, avec la CGN: la navigation touristique sur le lac Léman. Tout cela nous est raconté à travers tableaux, maquettes, cartes géographiques, photos, témoignages oraux d’anciens bateliers.  Notons que la visite des deux expositions peut fort bien se faire le même jour.

«Paul Delvaux. Maître du rêve», Palais Lumière, jusqu’au 1er octobre. «Voiles latines du Léman», Maison Gribaldi, jusqu’au 5 novembre, Evian.